SUR L’AGRICULTURE.
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sur lequel gardent le silence presque tous ceux qui ont traité du safran. Le Grandd 3 Aussi avoit fait des recherches infructueuses pour le trouver $ il a pour titre :Le Safran de la Rochefoucaut. Poitiers , \56j , in-4°. , de 4° pages. Si,pour cette époque, on avoit un traité analogue sur chaque branche de l’économierurale , il seroit facile d’en rédiger l’histoire. Un ton de véracité et de naïvetécaractérise ce petit livre , où l’on pourroit désirer un peu plus de méthode, maisqui décrit d’une manière intéressante la plantation, fa culture , les maladies, larécolte et le commerce du safran. Avant l’année 1 5io, on en cultivoit peu; l’em-pressement des acheteurs éveilla l’intérêt , et bientôt cette plante couvrit lescampagnes de l’Angoumois , en sorte qu’il en produit assez , dit l’auteur , poursaouler toute la Gaule , la Germanie, et plusieurs autres pays. La Roche-foucaut étoit le grand marché : lorsque, dans les environs de cette ville, le sol,fatigué , parut repousser le safran , et se couvrit de froment , la réputationde la Rochefoucaut y conserva l’entrepôt de ce commerce ; de toutes parts yaffluoient les vendeurs et les acheteurs ( 1 ).
La Taille des Essarls prétend que les premiers oignons de safran furentapportés dans le Gâtinois, vers la fin du quatorzième siècle , et que, jusqu’aucommencement du dix-septième , on en vendoit beaucoup aux Hollandois et auxAllemands ( 2 ). Guillaume Morin, qui écrivoit en i63o, assure que ces derniersen achetoient annuellement pour plus de trois cent mille francs , et que ce com-merce se faisoit à Boynes , petite ville champêtrej ce sont les expressions del’historien (3). Cette culture a obtenu , dans le Gâtinois , un succès qui, depuislong-temps, lui assure la préférence sur le safran que fournissent encored’autres contrées.
(1) Le Grand d.’Aussi croyoit que l’ou-vrage étoit intitulé , Traité de la Culture duSafran dans l’Angoumois , par la Rochefou-caut (Histoire delà Vie privée des Français ,tome II, page 191). Duhamel du Monceau ,dans ses Élemens d’agriculture (Paris , 1762,in-12 , tome II, cliap. III, du Safran , page24* et suivantes), et Rozier, qui l’a copié,dans son Dictionnaire d.’agriculture , articleSafran , sont tombés dans la même erreur.L’auteur anonyme annonce qu’il a composéson ouvrage l’an 1 56 o,àMontignac-Charente.
Depuis un an , plusieurs personnes ins-truites avoient secondé mes perquisitions pourtrouver ce livre , mais sans succès. Le séna-teur la Boissière, étant à Angoulême , eutcependant lieu de s’assurer qu’il étoit à labibliothèque de cette ville , mais alors sousle scellé; et d’après ma demande, le Ministrede l’Intérieur (le C. Chaptal) avoit bienvoulu donner des ordres pour le faire venir.Dans l’intervalle, j’ai découvert, enfin, à laBibliothèque de l’Arsenal, l’exemplaire deJ567, que j’ai cité, faisant suite à plusieurs
pièces colligées dans un même volume , etj’en ai découvert un autre exemplaire à la Bi-bliothèque Nationale, de la même édition,mais portant la date de i 568 , indiquée aussidans Haller et dans Boehmer.
Je crois ces indications utiles pour stimu-ler le zèle à conserver les livres. La recherchede tel opuscule qu’on néglige aujourd’hui ,parce qu’il est commun , fera peut-être unjour le tourment des savans et des biblio-graphes. Dans certains pays , il y a unechance de plus contre le sort des écrits quirévèlent des vérités désagréables au despo-tisme. Par-là s’explique la rareté de certainsouvrages de Saint- Vincent - Ferrier , lasCasas, Savonarole , Althusius , Clemengis ,Pierred’Ailly,HubertLanguet, ClaudeJoly,Velasco , Ramirez , Muratori , Pereira ,Campomanes , Tamburini, Mineo , etc.
(2) Mémoire sur le Safran. Orléans , 1766,in-8 0 ., page viij de l’Avertissement, et page85 de l’ouvrage.
( 3 ) Histoire générale des pays de Gâti-nois, etc. Paris , i 63 o , in- 4 °.