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ESSAI HISTORIQUE
l’autre pensent que le grain nommé hexastichum, dans Columelle (1) , n’estautre que le seigle : quoi qu’il en soit, ce grain f’ormoit, au seizième siècle,une brandie considérable d’agriculture. L’expérience avoit appris qu’il conve-noit mieux que le froment dans les terres sablonneuses. La longueur de sapaille , utile pour lier les gerbes , fut un motif de plus, à mesure que ladégradation des forêts rendit plus chers les liens de bois.
La Bruyère-Champier et Lie haut parlent de l’escourgeon, qu’ils appellentscourgeon, comme d une plante dont on faisoit cas ; l’un et l’autre le croyent,mal-à-propos , un blé dégénéré , peu propre à la panification , et qu’il fautlaisser, dit le premier, rusticorum latrantibus stomachis (2).
Plusieurs variétés de blé se répandirent successivement : Olivier de Serres ,en 1598 , essaya dans son jardin le blé de Smyrne , ou blé de miracle , qui ades épis latéraux $ le produit fut de quarante pour un ( 3 ).
Mes recherches ne m’ont procuré aucun renseignement sur l’époque où com-mença la distillation des eaux-de-vie de grains , dont on fait, depuis très-long-temps , un grand usage dans le nord de l’Europe , et qui s’est introduite enFrance , vers l’époque de la révolution.
Pierre de Crescens , qui vivoit au treizième siècle , ne parle pas du sar-rasin : on peut conclure de son silence , qu’alors il n’étoit pas connu. Lestémoignages sont assez concordans pour en placer l’introduction dans diversescontrées de l’Europe , au seizième siècle. Gérarde prouve qu’il étoit cultivé enAngleterre , avant l’an 1597 ( 4 ). Noël Fail , auteur des Contes d 1 2 3 4 Eutrapel,publiés en 1587, dit que, sans ce grain connu depuis soixante ans, les pauvresauroient beaucoup à souffrir 5 et Schoockius écrivoit, en 1661, que le sarrasinvenu de Pologne étoit cultivé dans la Belgique depuis moins d’un siècle ( 5 ).La Bruyère-Champier, Heresbach et d’autres auteurs, assurent que cegrain a été tiré de Grèce et d’Asie , aliove orbe, dit Champier. Le sentimentle plus reçu est qu’il a été communiqué à la France par les Maures ou Sarrasinsagne , à qui nous devons également le maïs, nommé aussi blé d’Espagne ,blé de Turquie .
Quelques personnes veulent que nous soyons encore redevables aux Maures dusafran, que d’autres disent nous avoir été apporté par un pèlerin venu du Levant.La culture de cette plante se trouve mentionnée dans Ehn-el-Awam > Pierre de Crescens , Heresbach, Quiqueran , Olivier de Serres , etc. LaFrance , qui, au seizième siècle, en consommoit plus qu’aujourd’hui, parcequ’alors on en mêloit dans la plupart des alimens (6), en produisoit aussi beau-coup. La Provence, l’Albigeois et l’Angoumois étoient les cantons les plusrenommés pour cette culture j elle fut l’objet d’un ouvrage extrêmement rare ,
(1) Livre II, chap. IX.
(2) De lie Cibariâ , etc. , lib. V, cap. III,pag. 3i5.
(3) Voyez second Lieu, page i35, et lanote (3ç), à la suite de ce Lieu, page 177.
(4) The Herball or general History ofPlants. London, 1^97, in-fol.
(5) De Cerevisid , etc.
(6) Champier, de Re Cibariâ, lib. IV,cap. II, pag. 23ç , de Victu Rusticorum, seplaint que le luxe a pénétré même dans lesvillages, où l’on veut des assaisonnemeiis depoivre , de safran , d’épices , etc. Il regardecet usage comme une contagion funeste.