SUR L’ AGRICULTURE.
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carême avoit fait en partie la réputation de l’épinard, à raison de sa précocité.Beckmann croit, avec beaucoup de botanistes , que cette plante nous est venued’Espagne ( 1 ) ; aussi, quelques auteurs l’ont nommée hispanicum olus , ditGerarde , qui paroît également prévenu contre ce mets, auquel il attribue desqualités nuisibles ( 2 ).
Les artichauts, rares du temps de P Une, et qui paroissent indigènes dansl’Andalousie , avoient été ensuite abandonnés. Hennolao Barbaro racontequ’en , àVenise , ils parurent une nouveauté. Vers 1 ^ 66 , ils avoient étéportés de Naples à Florence , d’où , selon Buel, ils passèrent en France , aucommencement du seizième siècle (3), et sousHenri VIII, en Angleterre. Daignedit qu’on voit à présent les jardins remplis d’artichauts (4); cette phrase et lasuite du texte insinuent que cette culture étoit récente ; et attendu que cetteplante est de la famille des chardons, il s’indigne que nous ayons empiétésur la pâture des ânes. Arthur Thomas , sieur d'Endry, auteur de Ylsle desHermaphrodites, rapporte que l’on servoitdes artichauts aux repas somptueuxde Henri III .
Il seroit trop long d’énumérer toutes les acquisitions faites alors; d’ailleurs,la culture fit éclore de nombreuses variétés dans les plantes congénères. LaBruyère- Champier parle avec étonnement des choux énormes qu’il a vus versSenlis (5). Olivier de Serres dit que le chou - cabus dégénéroit. Il failoitannuellement tirer des graines deTortose, Savone ou Briançon ; actuellementnous sommes dispensés de recourir à cet expédient. Vers la fin du seizièmesiècle , ou au commencement du suivant, les brocolis furent apportés d’Italie en France . Beckmann ajoute, que les choux-fleurs, venus du Levant en Italie ,passèrent de-là en Allemagne . Le même auteur parle de diverses plantesautrefois cultivées , aujourd’hui négligées ; et Sickler m’assure qu’indépen-daminent de ces plantes, qu’il conviendroit de réintégrer dans nos potagers,l’Allemagne possède sept ou huit variétés de légumes qui nous manquent.
Au treizième siècle , Arnaud de Villeneuve ne comptait que trois sortes dechoux ; Bonnefonds , auteur du Jardinier j’rançois, y ajoute la liste deplusieurs autres. Charles Es tienne ne parle que de quatre sortes d’oseilles,et quatre de laitues : un siècle après , le Jardinier Jrançois en compte septde chaque espèce. Actuellement, dit le Grand d’Aussi 3 nous avons plus decinquante variétés de choux, cinquante de laitues , quarante de melons.
L’introduction de quelques fleurs peut ici obtenir une place. Conrad Gesner ,le premier qui ait décrit la tulipe, raconte qu’en i55p on la vit à Ausbourg,où auparavant elle étoit inconnue. Nous devons la tubéreuse à un minime, quele savant Peiresc avoit envoyé en Perse (6) ; c’est l’opinion commune. Néan-moins le père Dardenne 3 de l’Oratoire , prétend que les Indes ont donné cette
( 1 ) Beytrœge zur Geschichte der erjin-dungen, toni. V, cah. I.
( 2 ) The Herball, etc. , pag. 33.
(3) De Naturâ Stirpium , etc. Paris iis ,i536 , in-fol., lib. III, cap. XIV, pag. 643.
(4) Singulier Traicté, etc. , chap. XII.