cxliv
ESSAI HISTORIQUE
étrangère charmante àl’Italie, qui l’a fait passer jusqu’à nous (1). D’un autrecôté , Beckmann s’appuie de l’autorité de Papou (2) , pour attribuer l’intro-duction de cette fleur en Eurojie, avant l’an i5p4> à. Tovar, médecin Espa gnol . L ’hortensia étoit, depuis quelques années , très-répandue en Angleterreet en Hollande : elle commence à obtenir chez nous la même faveur ; et dansquelques parties de la France , des plantes champêtres passent graduellementdans les parterres, qu’elles orneront en s’embellissant elles-mêmes. Lesfleurssont ce qu’on les fait, dit Saint-Simon -, la nature ne leur a donné que leursmoindres agrémens. On pourroit citer en preuve ce qu’il raconte des environsde Harlem , où l’on distingue par des noms différens près de deux mille variétésde jacintes (3), quoique leur type soit unique. Ces considérations , qui s’ap-pliquent à presque tous les genres de cultures utiles, comme à celles d’agré-ment, doivent encourager les tentatives. Je trouve sous la date de Paris , i658 ,in-8°. , un ouvrage de P. Morin, intitulé : Remarques nécessaires pour laculture des Fleurs, à laquelle l’auteur s’étoit livré pendant plus de quaranteans , ainsi que son frère. Il fut, pour son siècle , ce qu’étoit, de nos jours ,Vilmorin , avec cette différence , que ce dernier s’est occupé de l’utile commede l’agréable. La mort vient d’enlever cet homme de bien , dont la mémoire seratoujours chère aux agriculteurs et aux républicains.
La conquête du Nouveau-Monde procura à l’Europe des acquisitions nou-velles : la grenadille, indigène au Mexique et au Pérou , fut présentée au papePaul V 5 la capucine est originaire des mêmes contrées j l’ananas , mentionnédans Labat, sous l’an 1694 (4)> l’est bien antérieurement, et je pense , pour lapremière fois, dans Hernandez de Oviedo, qui publia son histoire en a 335 (5).
Le tabac , venu du Brésil en Europe , par l’entremise des Portugais , fut, parle cardinal de Sainte-Croix , nonce à Lisbonne , porté en Italie , où , pendantquelque temps , on l’appela herbe de Sainte-Croix , comme chez nous ilemprunta le nom de l’ambassadeur Nicot, qui, en i55q, l’envoya en France (6).L’usage de cette plante fut interdit à Rome et à Constantinople : ces contradic-tions mêmes servirent peut-être à le répandre. La Guyenne , et sur-toutClairac , en produisoient d’excellent ; il devint bientôt une branche impor-tante de commerce , pour l’Alsace. Les Muses le chantèrent; et dès l’an 1628 ,on trouve des poëmes sur le tabac, entr’autres, celui de Raphaël Thorius (7).Huit ans auparavant, Neander en avoit donné un traité complet (8), qui étoitdéjà traduit en françois en 1626.
(1) Traité sur la Connoissance et la Culturedes Jacintes. Avignon , 1759, in-i 2, p. 111.
(2) Voyage de Provence. Paris , 1787,in-12 , tome II, pages t 38 et îàç.
( 3 ) Des Jacintes, de leur anatomie, re-production et culture. Amsterdam , 1768,in-4°. , cliap. I. L’auteur de ce traité estplus connu par un ouvrage intéressant surles guerres des Bataves contre les Romains.
( 4 ) Nouveau Voyage aux Isles de l’Amé-rique. Paris , 1722 , in-12 , tomel, page 4 oi.
( 5 ) La Historia general y natural de lasIndias. Sevilla , i 535 , in-fol. , lib. VII,cap. XIII; traduite en françois, et impri-mée , en 1 555 , à Paris , aussi in-fol.
(6) Georg. Paschii Inventa nov-antiqua.Lipsiœ, 1700 , in-4 0 . , p a g- 4^4-
(7) Hymnus Tabaci. Lugduni-Batavorum,1628, in-4°.
(8) Tabacologia , hoc est Tabaci seu Ni-cotiance Descriptio. Lugduni-Batavorum ,1622 , in-4°.
Du