SUR L’ AGRICULTURE.
clv
cour tous les grands tenanciers (1). Quelques ouvrages ont été publiés sur cetobjet, à l’époque dont je m’occupe, par Jean-Baptiste Ferraro (2), JeanTacquet ( 3 ), et un anonyme ( 4 )- Ce dernier évaluoit à environ cinq millionspar an notre exportation de numéraire pour l’achat de chevaux étrangers ; elleest bien augmentée depuis. Un demi-siècle après , Querbrat Calloet , déjàcité à une autre occasion, nous donnoit des avis utiles , mais peu suivis ( 5 ), etfVinter publioit, en quatre langues , son traité des Haras (6).
La Provence étoit, selon Quiqueran , un des pays remarquables par l’ex-cellence et l’abondance du bétail. Il parle d’un taureau si gros et si féroce,que, pour le dompter, on lui attacha un cable, auquel étoit suspendule tronc d’un arbre , pesant environ six cent livres ( trente myriagrammes) ;mais, comme il traînoit ce fardeau à travers les champs cultivés , et les abi-moit, on fut contraint de le tuer (7).
Dans les gras pâturages de la Normandie paissoientde nombreux troupeaux,dont le beurre , à raison de la quantité et de la qualité, formoit une brancheconsidérable de commerce. Olivier de Serres accorde aux Lorrains l’in-vention de conserver le beurre fondu (8).
On fait remonter à plus de neuf siècles l’art de relever le goût du fromagepar le mélange d’herbes odoriférantes. Cette opération, désignée par le motpersiller , annonce qu’originairement on y faisoit entrer du persil.
Certaines esjièces de fromages de France ont une réputation de plusieurssiècles : tel est celui de Brie , tel est le Roquefort, préparé avec du lait debrebis, qui a été le sujet d’un mémoire de Marcorelle , inséré dans ceux desSavans étrangers , présentés à l’Académie des Sciences (9). Il croit que ce fro-mage est celui dont parle Pline , qu’on tiroit des Gaules , et qui étoit fortrecherché à Rome . François I er . accorda aux habitans de Roquefort la faculté dejiercevoir un droit sur les fromages déposés par les particuliers dans les cavesde cette commune , ainsi qu’ils en avoient joui de temps immémorial, dit lacharte , qui a été confirmée sous les règnes suivans. C’est encore François I er . ,qui mit à la mode le Sassenage . A cette époque , on rechetchoit déjà leMarolles et le Neufchâtel (10).
D’autres fromages estimés ont une réputation plus moderne ; entre ceux-cion compte le Gerardmer des Vosges , dont les Parisiens ont travesti le nomen celui de Giraumé. On connoît trop peu celui que fabriquent les anabap-tistes de Salm , dans la même contrée ; les procédés en ont été décrits par
(1) Instruction sur l’Amélioration desChevaux en France . Paris , an X, in-8°.,page 12.
(2) Delle Razze , disciplina del Caval-care, etc. In Napoli , i 56 o, in- 4 °.
( 3 ) Philippica, ou Haras de Chevaux.Anvers , 1614, in- 4 °.
( 4 ) Mémoires pour l’establissement desHaraz en France , etc. , in-12.
( 5 ) Advis , on peut en France , eslever deschevaux , aussi beaux, aussi grands , et aussi
bons qu’eu Allemagne et royaumes voisins ,etc. Paris , 1666 , in- 4 °.
(6) Traité nouveau pour faire race de Che-vaux , etc. Nuremberg , 1672, in-fol.
(7) la Nouvelle Agriculture- , etc., liv. II,chap. VI.
(8) Théâtre d’Agriculture , tome I, Lieuquatrième, chap. VIII.
(9) Tome III, page 585 et suiv.
(10) Mélanges tirés d’une grande Biblioithèque , tome XXXII, page 184.