ESSAI HISTORIQUE
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en les traitant avec douceur. De cette persuasion , sans doute , dériva l’usageimmémorial, en Poitou , d’avoir le noteur , ou chanteur, qui, accompagnantles boeufs lorsqu’ils fendent les sillons , les encourage par ses airs.
Les réflexions de Btiffon s’appliquent spécialement au cheval, qu’il appellela plus belle conquête de l’homme j animal admirable, qui exerce ses forcesjusqu’à tomber d’épuisement sous le fouet sanglant de son assassin. Quelqu’unvoyant un monstre à figure humaine frapper impitoyablement un cheval ha-rassé , s’écrioit : Malheureux ! tu n’as donc pas vu l’estampe de Hogarth ? Cethorrible spectacle se reproduit journellement dans les rues de Paris , sous lesyeux des passans, qui l’envisagent avec une insensibilité que rien n’ébranle japrès cela , parlez d’humanité , si, contre l’expérience de tous les siècles , vouspouvez croire que la bonté envers les hommes puisse s’allier à la cruauté enversles brutes.
L’histoire ne jette aucun jour sur l’époque à laquelle , en France , on pra-tiqua , pour la première fois , la castration des animaux. Celle des jumens futprohibée par nos règlemens des Haras (1). Un usage du seizième siècle, qui
Î iaroît s’être perdu, est celui de faire subir cette opération aux lapins ; ones lâchoit ensuite dans la garenne, où leur chair devenoit plus tendre etplus délicate. La castration des poissons n’étoit pas connue : on sait qu’elle nedate que d’environ cinquante ans, et que Tull en fut l’auteur (2).
Avant Réaumur, on avoit tenté de faire éclorre les poulets à la manièreégyptienne. François I er . avoit fait construire, pour cet objet, des fours , àMontrichard, en Touraine .
On voit, par une ordonnance de police, de l’an 1 56 j , que le plus groschapon est taxé à sept sous , la meilleure poule à cinq , le pigeon à quinze de-niers. Malgré les variations du marc d’argent, qui étoit à seize francs dutemps de Louis XII , à vingt-sept, sous Henri IV , et malgré lâ hâll§SC ou labaisse des choses consommables, d’après l’abondance ou la rareté du signe quiles représente, on sent que la différence du prix , comparativement à l’époqueactuelle, est exorbitante.
La pintade, venue d’Afrique , avoit été connue des Grecs et des Romains ;mais elle ne reparut en Europe qu’au seizième siècle. Cet oiseau, alors assezcommun dans les basses-cours, le seroit encore , s’il n’étoit turbulent etdésagréable.
Le canard de Barbarie étoit venu récemment de l’Inde , à ce que nousapprend Charles Estienne , en i 55 o ( 3 ). Son croisement avec la cane com-mune , donne des métis dont Olivier de Serres fait l’éloge, mais dont ilprétend que les œufs , d’ailleurs très-abondans, sont inféconds (4).
Pierre de Crescens ne parle pas du dindon. Bouche , historien de Pro vence , veut que nous en soyons redevables au roi René, mort en 1480 ;
(1) Règlement du roy , et Instructionstouchant l’administration des Haras. Paris ,1717 , in- 4 °. , titre V, art. XI , page 3 o.
(2) Abrégé des Transactions philoso-phiques. Paris , 1790, in-8°., Economie
rurale , tome II, article VII , page 223 .
( 3 ) Histoire de la Vie privée des Fran-çais , etc. , tome I, page 297.
( 4 ) Théâtre d 1 2 Agriculture, tome II, Lieucinquième , chap. VI.