SUR L’ AGRICULTURE. clxj
dération les recommande à Reynier, qui s’occupe , dit - on , de ce grandouvrage.
Un écrivain qui a voulu assigner aux Nations les rangs en agriculture,accorde le premier aux Anglois5 viennent ensuite les François, les Italiens.Ces jugemens , très-hasardeux, peuvent être dictés ou contestés par l’orgueil na-tional , comme par le sentiment de la vérité; et, à cet égard, les Allemands ontdroit de faire des réclamations. Néanmoins, en nous reportant à l’époque dontj ai crayonné le tableau , je ne crois pas que la France le cède à aucun des paysvoisins , et l’on voudra bien se rappeler qu’alors , chez nous, l’agricultureétoit sans cesse effrayée par le bruit des combats et les ravages de la guerre civile,dont la religion étoit le prétexte ; l’ambition , la cause ; et le peuple, toujoursla victime. Depuis quinze ans, le même spectacle s’est renouvelé sous nos yeux.
S’il est vrai qu’OiiviEii de Serres ait figuré d’une manière peu hono-rable dans ces dissensions orageuses (2) , je dirai : jetons un voile sur ces évé-nemens sinistres, sur des fureurs à jamais déplorables, et ne voyons en luique l’homme de génie , qui, retiré au Pradel, s’entoure de l’expérience desâges antérieurs, y ajoute son expérience propre, et consigne ses recherchesdans ce Théâtre a’Agriculture , qui le place à la tête des Géoponiques françois.L’auteur de sa Vie a discuté savamment quelle fut l’influence cI’Ülivier deSerres sur son siècle et sur ceux qui l’ont suivi. Il est vraiment grand celuique la postérité appelle à présider une réunion composée de de la Quintinye ,Arnaud d‘ 'Andilly , Réaumur, Duhamel du Monceau , Roger Schabol,Varenne de Feuille , Malesherbes , Rozier , Béthune-Charost , etc. !
(1) Dans l’Éloge de notre auteur, et dansles Éclaircissemens sur la notice de sa vie(ci - devant, pages xxj et lxxv) , j’ai eu untort que je saisis l’occasion de réparer.
J’ai nié fortement que Pradel, auteur dela surprise faite à Villeneuve-de-Berg , en1573, fût Olivier de Serres . Pour leprouver, le C. La Boissière s’appuyoit prin-cipalement du témoignage de d’Aubigné, etje n’a vois pourtant rien trouvé d’approchantdans l’histoire de ce dernier. Mais je me suisressouvenu que d’Aubigné avoit publié, àGenève , une seconde édition de son HistoireUniverselle , plus libre et plus hardie. J’aitrouvé cette édition, de 1626 , à la Biblio-thèque Nationale, et je dois convenir que jeme suis trompé. Ce n’est pas l’aveu qui mecoûte ; la vérité passe avant tout. Aussi, jeme fais un devoir d’annoncer mon erreur.
Le C. La Boissière avoitbien lu le passagedont il s’agit. Voici comme d’Aubigné s’ex-prime , tome II, page 6 o 5 :
« Villeneufve au Vivarez coûta plus de» peine à avoir. Laugières l’avoit saisie quel-» que-temps auparavant : le capitaine Baron |
» qui y commandoit, s’étoit retiré à Mi-» rabel entre les mains d’un gentilhomme ,» nommé Pradel, son ami , autheur du» Théâtre de l’Agriculture, par le moyen» duquel il fut mis dans S. Privât ».
L’exemplaire d’où est tiré ce passage , aappartenu au savant évêque d’Avranches ,Huet, qui lisoit avec une scrupuleuse at-tention tous les ouvrages de sa nombreusebibliothèque. Il avoit coutume de marquerd’un trait de plume les articles qui l’intéres-soient le plus , et il en faisoit le relevé sur lapage blanche qui se trouve à la fin de chaquevolume. Huet n’a pas manqué d’annoter cesmots : Pradel, autheur du Théâtrede l’Agri-culture , il les a reportés à la fin du volume ,au milieu de douze ou quinze autres remar-ques relatives à l’histoire politique ou lit-téraire.
Cette note corrigera ce que j’ai dit à cesujet, page lxxv. Je m’en réfère seulementaux réflexions qui terminent la page lxxvj ,pour atténuer le reproche que l’on s’est cruen droit de faire à la mémoire d’OnviERde Serres. (F . D. N.)
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