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ESSAI HISTORIQUE
Il eût été aussi facile que fastidieux d’enfler la liste, déjà peut-être tropnombreuse , des auteurs cités dans cet ouvrage : les plus distingués , ceux quiont fait faire quelques pas à la science , avoient plus particulièrement le droitd’y figurer.
On a vu des personnes de l’autre sexe , douées des qualités les plus bi’illantesque donne la nature et que développe l’éducation , se livrer avec succès auxdétails de la vie champêtre , dont l’attrait est par lui-même si puissant. Quel-ques-unes , sans doute , auront fait des expériences et des découvertes dignesd’être enregistrées dans les fastes de l’agriculture, cependant ils gardent le silenceà leur égard. Hypatie enseigna l’astronomie ; Laura Bassi pi’ofessa la phy-sique ; Martine de Bertereau a écrit sur les mines 3 la célèbre Agnesi, surle calcul intégral et différentiel ; Madame Fulham , sur la combustion 3 Ma-demoiselle ArdinghelU a traduit en italien , et annoté la statique des végétauxet des animaux, de Haies , que Sauvages et Buffon avoient traduite en françois;madame Priscilla kVakejield a donné une introduction à la botanique, etc.Parmi les écrivains agronomiques, les seules femmes que je trouve à citer sontmesdames Crelté de Palluel, digne compagne d’un homme dont le souvenir estcher à l’agriculture, Gacon d’Humières, et de la Getière , dont on a plusieursmémoires dans ceux de la Société royale d’agriculture de Paris , sur les avantagesde l’éducation des génisses, sur les moyens de faire travailler les abeilles pen-dant les plus grands froids , de faire éclorre artificiellement et d’élever despoulets dans les hivers les plus rigoureux 3 sur l’entretien et l’engrais desporcs, etc. (1).
On seroit dans l’erreur, si, à l’aspect de cette foule d’écrivains mentionnésdans l’Essai qu’on vient de lire, on croyoit que les connoissances agronomiquesétoient généralement répandues en Europe . Ces ouvrages, pour la plupart écritsen latin ou en d’autres langues étrangères, étoient inaccessibles au grand nombredes lecteurs. Les communications étoient difficiles dans un temps où, pour allerà trente lieues (quinze myriamètres), quelquefois on faisoit son testament.Le commerce, ce lien général des Nations , n’avoit pas encore étendu ses spé-culations dans toutes les régions civilisées; les voyages, aujourd’hui sifréquens ,étoient rares ; et, depuis Luther jusqu’à la paix de Westplialie , conséquemmentpendant plus d’un siècle , l’Europe fut presque toujours embrasée. Les pro-cédés de l’agriculture n’étoient et ne pouvoient être que des connoissanceslocales que la cupidité environnoit encore des ombres du mystère.
Il n’y a guère qu’un siècle, selon Dickson, qu’on s’occupe d’expériences (2)3aussi, de tous les objets sur lesquels peut s’exercer la sagacité de l’esprit humain,l’agriculture est incontestablement un des plus arriérés. Folney porte à quatrecent trente-sept millions le nombre des individus épars sur notre globe ( 3 ) 3ce calcul est certainement plus voisin de la véi'ité que celui qui l’élève à neuf
( 1 ) Mémoires d’Agriculture et d’Économierurale, etc., trimestres de printemps 1787,d’hiver et d’automne 1789.
(2) The Husbandry 0/ the Ancients ,