SUR L’ AGRICULTURE.
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cent millions ; quoi qu’il en soit , la terre pourroit admettre une populationdécuple, si toutes les landes inutiles étoient essartées, si l’industrie supprimoitenfin les jachères, que Sage a raison d’appeler une oisiveté périodique (1) ,nuisible à la société; en un mot, si le travail éclairé par les lumières avoitdéveloppé tous les moyens de pourvoir à la subsistance de l’espèce humaine.Malheureusement l’art de la tourmenter, de la détruire, est le plus perfectionné,comme le plus connu ; et quand, las de se dévorer, les hommes reviennent à cequi est utile, à ce qui est bon, c’est moins par amour de la sagesse, que parbesoin. Ainsi, l’accroissement progressif de fa population nécessitera le per-fectionnement de l’agriculture , et forcera à prendre la mesure trop tardive dereplanter les forêts, dont la dévastation amène rapidement la stérilité et desdésastres capables , comme on l’a prouvé, de faire reculer la civilisation.
Dans les années les plus brillantes de Louis XIV , la Nation étoit à-la-fois cou-verte de gloire et tenaillée par la misère : c’est une vérité qui a transpiré malgréles viles adulations de deux poètes , dont l’un, qui f ut le législateur du Parnasse ,lui disoit :
Grand roi, cesse de vaincre , ou je cesse d’écrire ;et dont l’autre eut la foiblesse de mourir de chagrin, parce qu’un despote avoitparlé de lui avec humeur. Telle fut aussi la condition du peuple Romain, à uneépoque où deux chantres immortels des plaisirs champêtres s’épuisèrent en effortsinutiles pour faire oublier les horreurs du triumvirat et le crime de cet apologistede l 1 esclavage, qui empêcha le rétablissement de la république. La philosophieindignée applique le sceau ineffaçable de l’infamie sur le front d’Auguste et deMécène, et ceint de lauriers le front d’Agrippa.
La vraie richesse et le bonheur doivent sortir des sillons cultivés : alors on estmoins célèbre ; mais, ce qui vaut mieux, on est plus tranquille. Un historien Greca dit que la femme dont on parle le moins est la plus vertueuse ; communémentla Nation dont on s’occupe le moins est aussi la plus morale , conséquemmentla plus heureuse.
S’il fut un siècle où l’on put se promettre de grands succès dans les scienceséconomiques, c’est assurément le nôtre : l’étude des langues vivantes, les pro-grès des diverses branches de l’histoire naturelle, et plus particulièrement dela chimie, si nécessaire à toutes les autres, et à laquelle donnent tant d’éclatBerthollet, Guy ton , Fourcroy , Vauquelin, etc.; les progrès delamécha-nique, qui, à Vaucanson voit succéder JYatt, Fulton, Montgolfier, Molard,etc. ; la multiplication des ouvrages , les voyages, la correspondance entre lesSociétés savantes formées de toutes parts , donnant aux Nations civilisées uncaractère plus homogène, établissent une circulation de connoissances, qui, à lavérité , seroit encore susceptible d’un grand accroissement. Il y a , à cet égard,dans l’esprit public, une direction favorable , mais malheureusement contrariéedans divers pays par des prohibitions mesquines et tracassières, par une conjura-tion secrette contre le progrès des lumières. Hommes à vues étroites , quipréférez les éloges mensongers des courtisans aux bénédictions des peuples, les