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Tome I.
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CLXIV
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ESSAI HISTORIQUE

contemporains vous examinent et l’iiistoire vous attend; ils diront, elle répétera,que vous n’avez ni mesuré la portée de votre siècle, trop avancé pour rétrogader,ni connu la véritable gloire, qui consiste à élever l’esprit humain vers tout cequ’il y a d’illustre, c’est-à-dire , de libre, de juste , de bon et d’utile.

Les mammelles de l’Etat sont, dit-on, l’agriculture et le commerce; maiscelui-ci est fils de celle-là, et si elle ne fourmssoit les matières premières, oùtrouveroit-on des objets d’échange ? Sur le tombeau de Colbert retentissentencore les reproches que lui adresse la postérité, pour avoir sacrifié l’agricultureà l’industrie manufacturière, au lieu de les faire marcher d’un pas égal. Dessommes exorbitantes furent dévorées par les spéculations lointaines, tandis quedes landes immenses couvroient la France . D’autres sommes étoient alors pro-diguées pour des fêtes scandaleuses et des spectacles ; d’autres s’écouloient dansle sein des prostituées et des vampires , qui assiégeoient les avenues de la puis-sance: les gouvernans, administrateurs essentiellement révocables et comptablesdu trésor public, s’en croyoient alors les propriétaires, et l’on vantoit comme desactes de générosité les vols faits à la France . Quel en fut le résultat? la couréblouissoit par le prestige de son luxe dévorateur; mais le peuple qui est tout,et qui étoit à-peu-près compté pour rien, excepté quand il s’agissoit de payer ,le peuple fut malheureux. Quelques hommes avoient le superflu, les autresn’avoient pas le nécessaire ; la Nation eut des épices , et souvent elle manquade pain.

Que la Hollande, obligée de lutter sans cesse contre la mer , qui menacede l'envahir; qu’autrefois Gênes, sur son territoire resserré, et Venise , au milieude ses lagunes , aient donné la préférence au commerce, ce choix étoit nécessitépar leur placement géographique. La France , assurément, peut et doit réunir ledouble avantage d’un commerce immense et d’une agriculture prospère ; maisportons un peu moins souvent les regards sur les deux Indes, attendons quenous ayons repeuplé les forêts , amélioré les terres arables, établi des prairiesartificielles dans tous les lieux qui en sont susceptibles, réparé les routes , écuréles rivières et creusé des canaux, qu’un homme célèbre appeloit des cheminsqui marchent. Les mesures prises sur ces objets, par le Gouvernement, sont unheureux présage des destinées futures de la République , ainsi que les concoursqu’il a ouverts, les prix qu’il a proposés sur les méchaniques à filer, sur leperfectionnement de la charrue , sur l’amélioration des races de chevaux. Ainsila puissance publique couvre de son égide et seconde le génie qui invente,le talent qui perfectionne , le travail qui produit. A ces considérations, ajoutezla marche concertée de nos Sociétés agronomiques , et l’hommage solemnelque rend celle de Paris au Colunielle françois, dont elle replace l’ouvragesous les yeux du public, et qu’elle enrichit en y ajoutant l’expérience de deuxsiècles révolus.

Dans la carrière des sciences et des lettres, l’envie , l’égoïsme , le préjugé,et chez tant d’hommes pervers , le besoin de nuire , élèvent sans cesse desbarrières contre les innovations salutaires. Citez-nous une institution sage ,qui n’ait été dénigrée, une vérité, une découverte, reçues sans contradic-tion ? On en conteste la réalité , puis l’utilité, et quand l’évidence a parlé, on