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Tome I.
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CLXXXIII
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PRÉFACE

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CsOmme la terre est la mère commune et nourrice du genre humain, ettout homme désire de pouvoir y vivre commodément : de mesme , il sembleque la Nature ait mis en nous une inclination à honorer etfaire cas deP Agriculture , pour ce qu’elle nous apporte libéralement abondance detout ce dont nous avons besoin pour nostre nourriture et entretenement.D ’oü est venu que , comme l’on représente soigneusement par escritce qu’on aime , il n’y a eu escrits ni plus anciens , ni en plus grandnombre , que de l’Agriculture ; ainsi qu’on peut voir par le long dénom-brement des autheurs , qui , en tous siècles et en toutes nations, onttravaillé en ceste matière , très - excellente etpleine d’admiration ,pourl’infinie quantité des exquis et divers biens, que par elle Dieu donne à sesenfans. Pour preuve de quoi , est aussi à remarquer que , bien-que la re-dicte d’une mesme chose ait accoustumée d’estre importune et ennuyeuse,et qu’àgi'andepeine l’on puisse rien dire qui n’ait ja esté dict, ores mesmequ il soit couché en autres termes : néantmoins tout ce qui a esté escrit surce suject, a esté bien recueilli de tous , selon la mesure de l’esprit et beautéde l’ouvrage. Ainsi les doctes de l’Asie, et de la Grèce , n’ont pas retenules Africains, ni les Latins : ni eux tous ensemblement, n’ont empeschéplusieurs personnages de nostre siècle, de mettre la main à la plume pourtraicter la mesme chose , en diverses langues , sans craindre d’estre reprisd’avoir travaillé en vain. Entre ceux-là , quelques-uns ont bien pris lapeine d’en escrire des livres , avec heureux succès , bien-que leur pro-fession ne leur donnas t grand loisir ni moyen de vacquer à l’Agriculture ,qui consiste le plus en expérience et pratique. Certes la Nature poulsel’homme à aimer et recercher ceste belle science, qui s’apprend en soneschole , estprovignée par la nécessité, et embellie par le seul regard deson doux et profitable fruict. Car quipeut nier que ceux qui ont escrit lespremiers , n’ayent beaucoup faict, seulement en monstrant le chemin etrompant la glace aux autres ; et toutes-fois qui est-ce qui ne confesseraqu’ils n’ont pas tout veu , et que ceux qui leur ont succédé en cestelouable peine , ont continué la possession de l’honneur deu à tous ceux