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PRÉFACE.
qui procurent le bien public , mesme en un suject tant beau, utile etnécessaire ?
Outre ceste considération générale , une autre particulière m’a faictentreprendre ce labeur. Mon inclination, et l’estât de mes affaires,m’ont retenu aux champs , en ma maison , et faict passer une bonnepartie de mes meilleurs ans, durant les gueires civiles de ce Royaume ,cultivant ma terre par mes serviteurs, comme le temps l’a peu porter. Enquoi Dieu m’a tellement bénipar sa saincte grâce , que m’ayant conservéparmi tant de calamités , dont j’ai senti ma bonne part,je me suis telle-ment comporté parmi les diverses humeurs de ma Patrie, que ma maison ,ayant estéplus logis de paix que de guerre , quand les occasions s’en sontprésentées , j’ai rapporté ce tesmoignage de mes voisins, qu’en me conser-vant avec eux , je me suis principalement adonné chés moi à faire monmesnage. Durant ce misérable temps-là , à quoi eussé-je peu mieuxemployer mon esprit, qu’à recercher ce qui est de mon humeur? Soitdonques que la paix nous donnast quelque relasche; soit que la guerre, pardiverses recheutes , m’imposast la nécessité de garder ma maison ; et lescalamités publiques, me fssent cercher quelque remède contre l’ennui :trompant le temps , j’ai treuvé un singulier contentement, après la doctrinesalutaire de mon ame, en la lecture des livres de l’Agriculture ; à laquellej’aide surcroist adjousté le jugement de ma propre expérience. Je diraidonques librement, qu’ ayant souvent et soigneusement leu les livres d’Agri-culture , tant anciens que modernes, et par expérience observé quelqueschoses qui ne l’ont encores esté, que je sache , il m’a semblé estre de mondevoir, de les communiquer au public , pour contribuer, selon moi , auvivre des hommes. C’est ce qui m’a faict escrire. Je ne proteste pas quemes amis m’y ayent poulsé contre ma volonté, ni qu’à heures perdues j’yaye travaillé : mais je di, que gayement j’ai tasché de représenter cestebelle science le mieux que j’ai peu ; y employant tout mon loisir, sans yrien obmettre de tout ce que j’ai estimépouvoir servir à l’avancement de cemien dessein; tant pour son propre mérite , que pour le respect du public.
Mon intention est de monstrer, si je peux , briefvement et clairement,tout ce qu’on doit cognoistre et faire , pour bien cultiver la terre , et cepour commodément vivre avec sa famille, selon le naturel des lieux,ausquels l’on s’habitue. Non que pourtant je vueille ramasser tout cequ’on pourroit dire sur ce suject : mais seulement, disposer ès Lieux de ce
Théâtre,