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Tome I.
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CLXXXVI
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PRÉFACE.

récompence du temps et soin quil y aura employés, quelque part quece soit.

Je ne veux pas dire, quil ny ait différence de terre à terre. Ce seroitavoir perdu le sens commun, desgaler tous terroirs en bonté et fertilité :mais bien, que Vexpérience na pas , sans suject,faict recognoistre lavérité de ce proverbe , un pays vaut lautre. La montaigne oh il y a desarbres et herbages, dont il se retire plusieurs commodités servans à diversusages de très-grandprofit, ne cède en revenu à la vallée et campagne ,qui ne rapportent le blé quavec beaucoup de despence et labeur. Cela sevoid assés sans en recercher la preuve ailleurs que dans nostre contrée deLanguedoc , doh les plus grandes et riches maisons, sont ès montaignes deVivarets et Gévaudan .

Cest donc mon but, de persuader au bon père-defamiUe , de se plaireen sa terre, se contenter de ses naturelles facultés , et nen abhorrer etrejetter les incommodités , avec tant de mespris et desdain , quil laisse àleur occasion , de sefforcer à la rendre avec le temps ,par son industrie etcontinuelle diligence , ou plus fructueuse ou moins incommode. Car à quelpropos sefascheroit-il du lieu auquel il doit passer sa vie? Peut-il convertirles montai gnes en plaines, et les plaines en montaignes l Quil se console,donques , en la providence de Dieu, qui a distribué à chacun ce quilcognoist lui esti'e nécessaire ; rnesine pour ce regard, imposé à lhomme ,à cause de son pesché, ceste juste peine , de cultiver la terre en la sueur deson visage : lui faisant néantmoins , par sa bénédiction et suivant ses pro-messes , savourer le fruict de son travail, en la jouissance des biensterrestres. Et qui doit imaginer aux mesnages , quelque Paradis sanspeine et incommodité,puis que les grands Estais du monde, sont enveloppésde tant despineuses difficultés ? Par, nous pauvres mortels, appren-drons, quil ny a rien de parfaict, rien dasseuré en ceste vie mortelle ,pour tendre à limmortelle. Donques nostre mesnager se souviendra quilest en terre , et se résolvant de cultiver la terre pour y vivre avec les siens,prendra ceste belle science pour addresse de son travail.

Science plus utile que difficile , pourveu quelle soit entendue par sesprincipes , appliquée avec raison , conduicte par expérience, et pratiquéepar diligence. Car cest la sommaire description de son usage , science ,expérience , diligence , dont le fondement est la bénédiction de Dieu ,laquelle nous devons croire estre , comme la quintessence et lame de nostre