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PREMIER LIEU
Diversesportions j>onrle mesuragedes terres.
CHAPITRE III.
La Manière de mesurer les Terres.
Après la cognoissance des terres, en-suit leur mesure : de laquelle il ne faut pasque nostre mesnager soit ignorant. Carcombien que ce soit un mestier de publiquepolice , duquel nous ne voulons pas qu’ils’entre-mesle, si es t-ilpourtant nécessaire,qu’il entende ce qu’il acliepte , et sçacliece qu’il a, pour semer tous les ans ses terresavec jugement : leur donnant plus ou moinsde semence, selon qu elles sont lortes ouIbibles, afin de n’estre contraint de s’enrapporter à la foi de ses serviteurs. Lais-sant donc aux arpenteurs la plus exquiseintelligence de bien mesurer, nous en traic-terons comme en passant, autant qu’il suf-fira pour l’usage du bon mesnager.
On mesure la terre par portions: lesportions ont divers noms selon les lieux ,s’estans diversifiées par le temps, dontles plus communes sont aujourd'hui entrenous, arpents, saumées, asnées, jour-naux , sesterces, acres, couples-de-bœuf s,qui néantmoins ont diverses mesures se-lon les divers pays (16). Desquelles n’estbesoin parler plus subtilement, ni des di-verses façons de procéder à l’arpentage,représentant les coustumcs des provinces.Seulement pour nostre dessein , servantd’exemple, employerons-nous en cest en-droit, l’arpent de l’Isle-de-France , et lasaumée de certains endroits du Langue-doc , pour sur icelles mesures prendreavis 3 afin de se servir de toutes autres, en
quel pays qu’on soit, chose aisée à touthomme d’esprit. Or comme ily a de la dif-férence ès mesures des terres, différentesde province à province , sont aussi cellesdes grains. Le muid de blé mesure de
Paris , contient douze sestiers: le sestier,deux mines : la mine, deux minois : le mi-not, trois boisseaux : le boisseau, quatrequarts : le quart, quatre literons : le lite-ron, deux demis literons : le demi-literon,dix-huict poulceons. La saumée de certainsendroits du Languedoc , qui est celle dontnous entendons nous servir en cest endroit,commune et pour le blé, et pour la terrequi le produit, est de quatre sestiers : lesestier, de deux émines : l’éminc, de deuxquarterons : le quarteron, de quatre civa-cliers, dits aussi boisseaux, divisés par de-mis. Laquelle saumée est la droite charged’un mulet , se rapportant au sestier deParis , lequel estant de bon froment, pèsetrois cens soixante livres, poids de laditeville. Ailleurs en Languedoc la sauméen’est que de trois sestiers et un quarteron 5en d’autres, deux sestiers y suffisent : maispar toute icelle province, le sestier se di-vise en deux émines ; l’émine , en deuxquarterons, comme dessus. En autres quar-tiers de ce royaume l’on parle par asnées,bicheis , sacs, raz , et autrement j la re-cerche desquelles appellations , je laisse,par esti e plus curieuse et pénible, qu’utileet profitable : seulement pour monstrercomme le monde se gouverne, ai-je voulutoucher ce mot sur telle matière.
Non plus de mesme mesure est généra-lement l’arpent par toute la France , pourl’inégalité des perches dont il est com-posé, nonpour leur nombre, cartous-joursles cent quarrées, font l’arpent. Plus oumoins de pieds sont employés en la perche,