DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE. 63
vastes. Le 2 Septembre 1755 , l’impératriceMarie Thérèse rendit une ordonnance qui fixeà soixante bonniers de terre labourable et dixbonniers de prairies , ce qu’un seul fermierpeut défructuer , ou exploiter : c’est près de centhectares. On dit que cette loi a produit un très-bon effet, et que la valeur des terres et la po-pulation ont reçu des accroisseinens rapides.C’est un fait a vérifier, et qui jetteroit un grandjour sur une question d’économie rurale et d’é-conomie politique , extrêmement controversée.
Au surplus , le père Vanière a su rendre enbeaux vers , tout ce qu’ Olivier de Serres a ditde plus judicieux sur le choix d’un bien de cam-pagne. Je vais risquer une imitation de ce pas-sage pour ceux qui n’entendent pas le latin. Jedédommagerai les lecteurs plus instruits, enrapportant ensuite le texte de Manière :
Qu’un autre , ambitieux de terres étendues ,
Veuille , en ses vastes champs, fatiguer cent charrues!L’éclat de ces grands biens ne peut vous éblouir ;
On en est accablé plus qu’on n’en peut jouir.
Un enclos que soi-même on peut rendre fertile ,
Unit plus sûrement l’agréable et l’utile.
Il faut le bien connoitre avant d’en être épris ;
Par un premier coup-d’ceil craignez d'être surpris :
Au champ qu’on veut avoir, à l’ami qu’on veut fair e,De l’usage et du temps l'épreuve est nécessaire.Défiez-vous de l’art. Aimez sur-tout les lieux
Que la simple nature embellit à vos yeux.
Cherchez un site heureux , dont les beautés naïvesOflïent des prés rians , des forêts, des eaux vives ;Non ces terreins de luxe , à si grands frais ornés ,
Par qui leurs possesseurs sont bientôt ruinés.
Jugez , par ses produits , un domaine champêtre;
Au lieu de l’épuiser, il doit nourrir son maître.
Immensos alii tractus, etvasta requirant
Prcedia, centenis quce vix subigantur aratris :
Cui placet utilitas et amœni gratia ruris ,
Quopotiatur emat> non unde gravetur; . ..
Non cupidè visumque semel mercabere fundum;
Scepè soli faciès quoque fallit : amicus, agerque,
Quos vis esse tuos > longo noscantur ab usu.
Naturæ, non artis ama decus : elige villam
Quant nemora et fontes, longoque virentia tractu
P rata, situs que loci, non quant labor improbus ometQuæquesuos luxufructus absumat inani;
Ne qui debuerat te pascere fundus , alatur
Ipse tuis opibus: etc. ( Vxkier. Præd. rust. L. I.).
(-F. D. N.)
(1 4 ) Tous les détails de ce chapitre annoncentcpd Olivier de Serres n’adresse ses conseils qu’à 11
l’homme aisé , qui veut acquérir une terre pourdemeurer à la campagne et faire valoir son do-maine. Il y aurait peut-être un autre bon cha-pitre à faire et d’utiles préceptes à tracer , pourcelui qui veut prendre une ferme et exploiterles fonds d’autrui. La classe des riches fermiersmérite d’être encouragée , et a besoin d’êtreéclairée. Il convient, cerne semble , à très-peude propriétaires , de gérer leurs biens par eux-mêmes. Ils doivent les connoitre , les amélio-rer , être en état de bien régler les conditions deleurs baux ; c’est sur-tout sous ce point de vue ,qu’il est intéressant pour eux d’être instruits enagriculture. Le manque de ces connoissancesdétourne plus d’un homme aisé de songer à l’a-chat des terres pour l’emploi de ses capitaux.
C’est pourtant le moyen le plus sûr , le plusagréable , et le plus lucratif de les faire valoir.
Vanière a bien saisi ce point dans ses conseilspour l’acquisition d’un fonds. Il veut qu’on s’at-tache sur - tout aux terres bonnes par elles-mêmes , qui ont été mal cultivées , et qui sontsusceptibles de doubler de valeur en des mainsplus intelligentes :
Hâtez-vous : que ces fonds qu’un autre a négligés,
Par vos soins plus heureux soient bientôt corrigés.
Les pierres , le tifiendent, les joncs et la fougère,
Ont rendu leursurface à Cérès étrangère ;
La fougère , les joncs , les pierres, le chiendent,
Rien ne peut arrêter un laboureur ardent.
Le soc extirpe l’herbe ; et la pierre amassée
En des fossés profonds disparoit enfoncée.
Vous ranimez les prés par de nouveaux engrais ;
Vous replantez les bois ; vous séchez les marais.
O que si vous pouviez tirer de dessous l’onde
Et montrer au soleil cette terre féconde ,
Cet antique limon , ces fonds long-temps noyés ,
O de quelles moissons vos soins seroient payés !
Ainsi, près de Béziers , la puissance romaine
A fait que la charrue aujourd’hui se promène
Dans un sol riche et gras qui, caché sous les eaux ,
Vit son sein sillonné jadis par des vaisseaux, etc.
Incipe, et Agricoles quod inertia longa prioris
Perdidit, in melius felici corrige curâ.
Expediendus erit saxis et gramme campus
Et filice et junco : filicem satione fabarum