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PREMIER LIEU
Par sa riche verdure , au bout des longs guérets ,Bacchus termine au loin l’horison de Cérès.
Le calcul doit régler les arpens qu’on assigneAu froment, au fourrage , à l’olive , à la vigne.
La balance à Ja main , pesez d’abord les frais ;
Des produits , par la vente , on peut juger après.
Le sol où de Cérès les présens peuvent naître ,Semble être le vrai fond du domaine champêtre ;Conftez-lui des grains , il les rend-, mais hélas îSouvent ce qu’il promit il ne le tiendra pas.
Après de longs travaux quels dangers on essuie !
On craint toujours l’absence ou l’excès de la pluie ;L’herbe étouffe les blés, la grêle les détruit ;
Et, de deux ans d’attente , un jour perd tout le fruit.
La vigne plus féconde , et moins certaine encore ,Vous vend bien cher des dons qu’elle même dévore.
L’olive est bien fragile*, elle veut peu de soins*,Mais le froid et le chaud ne lui nuisent pas moins.De la pluie, au printemps, si sa fleur est touchée,Elle meurt *, et la terre en est au loin jonchée.
Les prés ne courent point tous ces tristes hasards ;Ils craignent peu le froid, les vents et les brouillards :La pluie impunément sur eux est attirée,
Tantôt par le Zéphire , et tantôt par Borée.
L’herbe, pour y pousser, n’attend pas vos secours ,Pourvu qu’un clair ruisseau l’arrose dans son cours.De l’avare fermier l’herbe fait la richesse;
Sous le pas des faucheurs elle renaît sans cesse;
Sous la dent des moutons elle renaît encor.
Mais c’est peu que des champs elle soit le trésor ;Elle en est la parure. Et soit que des prairiesOn admire l’émail et les rives fleuries ;
Soit qu’un Ut de gazon , par sa molle épaisseur,Semble du doux sommeil inviter la douceur;
Soit que, sans exiger de nouvelle semence ,
Le foin, deux fois par an, s’élève en meule immense ;Ta gloire, ami des champs , doit être dans tes prés :Leurs revenus pour toi sont les plus assurés.
Donne leur quelques soins. Par une douce pente,Qu’un filet d’une eau pure en tout sens y serpente.Fais, aux prés naturels, succéder au besoin,
La vivace luzerne , et l’odorant sainfoin.
Tes bœufs reconnoissans , et tes brebis heureuses ,Convertiront en chair ces plantes savoureuses ;
Et tes champs, à leur tour , en auront plus d’engrais.
Mais les prés, à tes yeux, ont-ils seuls des attraits?Dois-tu cueillir plutôt l’olive de Minerve,
Ou bien est-ce a Bacchus que ton soin se réserve ?Écoute *. entre Cérès , et Bacchus , et Pallas,
Même en faveur des prés, je ne décide pas.Prononcer au hasard n’est pas d’un homme sage.
Des laboureurs du lieu connois l’antique usage;Toute espèce de sol ne peut pas tout porter ;
De ce qu’il peut produire il faut se contenter.
Regarde dans son cours la superbe Garonne ,
Et la variété du soi qui l’environne.
A sa source , elle voit un peuple de Vulcains ,Cherchant au sein des monts des métaux souterrains.Son onde coule ensuite en de gras pàtnvages ;
Des arbres de Pomone elle suit les ombrages.Bientôt, avec surprise , elle voir sur ses bords,
Des moissons de Cérès ondoyer les trésors.
Enfin , lorsqu’à la mer , sa course est terminée,
Des pampres de Bacchus sa rive est couronnée.
Mais, quoiqu’ilen puisse être, et quel que soit l’espoirQue les champs paternels te fassent concevoir,
Je t’en conjure au moins ; d’une hache inhumainePréserve les vieux bois qui parent ton domaine ;
Ne les immole pas à des calculs trompeurs.
Du terrestre charbon respirant les vapeurs ,
Vois fanglois par le splen chassé de sa patrie ,
A l’air de Montpellier redemander la vie.
O cité salutaire I élargis tes ramparts ,
Les françois y viendront bientôt de toutes parts.Ainsi que les Bretons , grâce à leur imprudence ,Pleurant de leurs forêts la triste décadence,
A la tourbe , à la houille, ils vont être réduits.
Ils pouvoient, dans les bois que leur sol a produits,Sans chercher les secours d’une rive étrangère ,Trouver de leurs foyers l’aliment nécessaire ,Réparer leurs maisons , construire , à peu de fiais ,Le vaisseau de Neptune et le joug de Cérès ;
Mais leurs bois sont détruits , et ce crime s’expie.
Ne livre pas les tiens à la coignée impie :
Des arbres jusqu’à toi transmis par tes aïeux ,Transmets l’oinbre sacrée à tes derniers neveux.
Distributio fundi.Proxima sint villce pomaria , floreus hortus,
Et qucecumque placent oculis > qucecumque rapacesInvitant ad furta manus. Aquilouis ab ortuSylva truces frangat ventos, etfrigora tollatZfmbriferis qucB deinde comis ce State redonet ;
^4tque hyemes eaderti nimiosque attemperel cestus*Humida vallis olus , vivaces collis olivasEducel: in piano vel fluctuet cequore messis ;
Eel longo fundant se prata virentia tractu.
Hinc procul assurgant vîtes , oculosque moreniurCamporum per aperta vagos. Quot jugera prato ,Quot segeti dabis } aut oleis , vel vitibus almis ,
Ex opéra redituque simul metire , laboriComponens fructus ; et tecum mente revolvensQuanti vendideris 9 non quantum innascitur agro.