DU THÉÂTRE D’ AGRICULTURE.
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Aussi les Anciens donnoient - ils le nom deroyaume à la propriété foncière de chaque ci-toyen. Dans l’ Orateur de Cicéron , Scévola dit :« Si nous n’avions pas été chez -vous, nous nel’aurions pas souffert : Id , nisi in iuo regnoesse mus, non tulissemus ».
In tuo regno est mis pour in tua villa.
Il nous semble que l’on pouvoit enrichir cescitations du beau vers que Virgile met dans labouche d’un berger :
Après quelques moissons, portant ici mes pas,
Mes yeux seront charmés de revoir mes états.
F ost aliquot, mea régna videns mirabor, aristas.
Le temps rouge le soir,
Le îemlemalu n. raie voir.
Parce que l’ouest et le sud-ouest étant les ventsqui font ordinairement pleuvoir en France , lecouchant rouge marque qu’il y a sérénité de cecôté-là , et que les nuées pluvieuses sont dissi-pées. Tiré du Recueil des Pensées et Proverbeschoisis, publié en 1712 .
Ces deux digressions peuvent donner l’idée desremarques qu’on pourroit faire sur presque tousnos vieux proverbes. Ce ne seroit pas un articleà négliger dans ceux qu’il faudroit réunir pourfaire un bon dictionnaire de lalangue francoise.
Les Institutes coutumières du célèbre Loysel ,ne sont presqu’en entier qu’un tissu de proverbesou d’adages vulgaires , érigés par le temps enrègles singulières de notre droit françois, C’est-là qu’on trouve la maxime î
Pour néant plante, qui ne clost ;
Et beaucoup d’autres axiômes qui attestent labarbarie des siècles féodaux. Nous n’avons paspuisé dans ce recueil bisarre que nos lois ac-tuelles ont rendu inutile. Nous allons posséderun excellent code civil. Nous pouvons espérerun bon code rural. Le Gouvernement ne peutfaire un plus beau présent aux campagnes. Ellesne fleurissent qu’à l’ombre d’une police simple,claire et strictement exécutée. C’est un bienfaitqu’elles attendent avec impatience.
Passons maintenant aux proverbes concer-nant la campagne, dans plusieurs autres langues.
§. I I.
Proverbes Fl a m a ht x> s
Tirés des anciens Proverbes flamands et fran-çois , imprimés à Anvers en i568 , parChristophe Plantin .
Jamais année sèche ne fera pauvre son maître.Dans un pays humide comme la Flandre .L’argent, quand l’orge.
Tant vente , qu’il pleut.
Quantes gelées en Mars , taiu de Iusées en Avril.Hélas !
Rameau court, vendanges longues.
Grasse terre , mauvais chemin.
Les fosses doit remplir Février,
Rosée de Mai, et pluie d’Avril.
Qui en mi-Août n’a son mantel,
Il ne l’a mie tout l’hiver.
Faillir ne peut terre bien cultivée.
De tout poil, bon cheval.
On sifle en vain , quand le cheval ne veutpas pisser.C’est-à-dire , quand on s’obstine à attendre unechose impossible.
Toute haie défend du vent.
Garderies moutons pour l’engrais.C’est-à-dire , avoirpeu de profits pour beaucoupde peine.
§. III.
Proverbes Espagnols
Extraits des Refranes o Proverbios Castellanos,de César Oudin , édition de 1614.
Avril et Mai sont la clef de l'année.
Avril froid, c’est pain et vin.
Eau à la Saint-Jean , ôte le vin , et ne donne point depain.
Eau du mois de Mars , est pire que la tache au drap.
Eau de Mai, c’est du pain pour toute l’année.