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Tome I.
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DU THEATRE D’AGRICULTURE.

La piété filiale est à la Chine , depuis plusde trente - cinq siècles , ce que fut à Lacé-démone l’amour de la liberté , et à Rome l’a-mour de la patrie. C’est la vertu nationale desChinois , et la base de leur Gouvernement , ap-puyée sur cette maxime fondamentale de Con-fucius : Qui n’aime pas ses parens, ne peutaimer personne.

L’on ne peut donner en françois qu’une idéeimparfaite des proverbes chinois. La plupartsont rimés , et la rime date à la Chine depuisquatre mille ans. Des langues primitives , lachinoise est la seule qui soit une langue vi-vante.

Nous ne connoissons qu’à demi tout ce qui arapport à l’agriculture chinoise. Les productionsnaturelles de ce vaste pays , mériteroient pour-tant d’être transplantées en Europe . On y nour-rit les vers à soie avec le feuillage d’un frêne ,d’un poivrier, d’un chêne. On y a un cotonnierarbre et un cotonnier herbacé. Les mines de laChine lui valent moins que ses bambous. Lesmissionnaires assurent que ces bambous pour-roient se cultiver en France dans les provincesméridionales. Une espèce de riz précoce ; desprunes-abricots ; des pé-tsai ou des choux ; desmo - kou - zin , ou champignons particuliers àcet empire ; des coings et des oranges-coings ;les melons de Khamil , si faciles à conserverque l’on en sert toute l’année ; d’autres fruitssinguliers, tels que le po-lo-mye , le plus grandfruit de l’univers ; le froment de kirin-ula , bléqui tient le milieu entre le froment et le riz ; sixautres espèces de riz ; trois espèces de vers àsoie ; les arbres du vernis , de la gomme , dusuif, etc. Combien d’autres objets importansou utiles , pourraient être extraits de la Chine avec plus d’avantage que ceux qu’y va chercherle commerce de notre Europe ? En fait d’agri-culture , d’économie et d’alimens , les Chinoiset les Japonois ont des procédés curieux quine sont pas assez connus , parce qu’ils n’ont étéobservés ou décrits que superficiellement. J’aiinterrogé des Chinois qui avoient parcouru laFrance et l’Angleterre ; ils m’ont dit que cesdeux pays leur paroissoient incultes , en com-paraison de la Chine , comme des cantons de

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l’Espagne semblent déserts à des François ,en comparaison de la France . De cette idée ,que fait concevoir aux Chinois l’aspect de notreEurope , on peut conclure , avec justice , queleur économie rurale diffère beaucoup de lanôtre ; et il serait à désirer que des voyageursagronomes nous eussent mis plus à portée d’ap-précier ces différences. En physique et en poli-tique , les Chinois nous sont opposés ; mais iln’existe pas , entre leur morale et la nôtre , descontrastes aussi frappans ; et pour citer encoreun proverbe chinois : La raison et la consciencesont les mêmes dans tout l’univers.

Mais , à la Chine , la morale sert de base à lapolitique. La littérature chinoise est liée au gou-vernement ; et son grand fonds , c’est la mo-rale. C’est l’objet des instructions que l’onadresse au peuple. On y réimprime sans cessede petits traités de morale. Les Chinois ont unlivre qui répond au Théâtre d’Agriculture. Cetouvrage , en quatre volumes , commence par desélémens de morale. Il contient ensuite tout cequ’il est nécessaire de savoir à la campagne surl’agriculture , le jardinage , les lois , la méde-cine. Ce recueil est intitulé : Tchoung-kia-pao.Il fait partie des écrits sur l’agriculture, quifurent exceptés de la proscription générale deslivres , dans le troisième siècle après l’ère chré-tienne. Les Chinois ont un beau poëme sur lesjardins, publié en 1086. L’auteur est un des pre-miers écrivains de la Chine et des plus grandsministres qu’elle ait produits. Son jardin , quidonne une idée générale du genre des jardins dela Chine , contenoit seulement vingt arpens deterre. Une salle remplie de cinq mille volumes,est mise , par l’auteur , à la tête des beautésutiles de ce jardin. Du côté du midi, il offre unsalon au milieu des eaux , des cascades , des ga-leries bordées d’une double terrasse , des palis-sades de rosiers et de grenadiers ; à l’ouest , unportique isolé , des arbres toujours verds, descabanes , des prairies , des nappes d’eau enca-drées dans du gazon , un labyrinthe de rochers ;au nord , des cabinets placés au hasard sur desmonticules , des côteaux , des bosquets de bam-bous entrecoupés de sentiers sablés ; à l’est ,une petite plaine , un bois de cèdre , des plantesodoriférantes, des plantes médicinales , des

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