SECOND LIEU
Des di-vers ts espe-ces de blés.
Du Froment.
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pour les champs qui restent à cultiver.
Après avoir monstre la vraie manièrede préparer la terre pour loger toute sortede blés j en ce lieu est maintenant à pro-pos de traicter particulièrement de leurnature, de leurs espèces et différences.Sur quoi est à noter , que ce mot blé,plustost barbare, corrompu de l’italien ,que tiré d’autre langue, est prins généra-lement pour tous grains jusques aux lé-gumes , bons à manger. Et celui de fro-ment , venu directement du latin , etjusques à nous des anciens Romains ,estre un peu plus particulier, comprenantnéantmoins toutes sortes de grains à fairepain pour la nourriture des hommes, quisont ceux qu’aujourd’hui nous appelions ,fromens, espeautres , seigles, orges, mil-lets et avoines. En plusieurs endroits dece royaume, par le blé , est entendu lepur froment, comme anciennement parle mot de semence, l’espeautre.
Du froment, receu par nous à la longue,se sont faictes des subdivisions, en estansrecognues de six à sept espèces, qu’on re-marque aujourd’hui : dont les aucuns sontbarbus $ c’est à dire, ayans des arestes enleurs espis, et les autres raz, n’en ayansaucunes. Quant à leurs noms, et les an-ciens et les modernes leur en ont tant don-né , que qui voudroit s’y arrester n’y treu-veroit que confusion ; estans autant diver-sifiés les uns des autres, comme il a deterres qui les produisent (3y). Triticum,est le mot latin , par lequel les Anciensont exprimé toutes sortes de fromens dontgénéralement ils usoient, qui se peuventrapporter aux nostres de ce temps, les-quels ils ont particularisé en plusieurs es-pèces , comme siligo , qui est un fromentfort blanc et bon 5 tragos, olyra et autres
diversement nommés , qui sont tous fro-mens dissemblables en quelque partie lesuns des autres : et les aucuns comme bas-tards , dégénérans aucunement des légi-times. Columelle faict mention de six es-pèces de froment, deux de raz, et quatrede barbus , qu’il nomme blancé, rou-geastre , poullé, et le barbu, rnarsés, au-trement escourgeon (38). Sur toutes les-quelles espèces, les Anciens ont plus faictestât du rougeastre que de nul autre ,qu’ils ont appellé froment rouge , et parhonneur, far adoreum : car de ce motfar, est venue la farine , comme voulantdire , ceste-ci estre la seule espèce de bléproduisant chose tant précieuse et néces-saire : bien qu’elle se tire de tout autreblé, mesme des légumes $ tous grains in-différemment faisans farine. Touchantl’é-pithete adoreum, il est vrai-semblablequ’elle lui a esté baillée , ou par excel-lence , comme méritant d’estre adoréepour sa valeur ; ou parce que les ancienspayens présentoient de ce blé à leursDieux, en les adorans. Ce sont la couleuret la figure des fromens qui aujour-d’huinous les font discerner, non les noms ,divers selon les fieux où l’on est. Dontavec raison l’on peut dire , le fromentrouge , estre celui duquel presque par-tout ce royaume , l’on se sert le plus, ap-pellé en plusieurs endroits, le rousset,à cause de la couleur de sa barbe qui estrousse : duquel la semence a esté chère-ment conservée de père à fils jusques ànous , tant pour la bonté d’un tel grain ,que facilité de sa conduite , venant aisé-ment en terroir de moyenne bonté , sanspar trop craindre les bruines, ni autresinjures des temps. A cestui-ci nous ac-couplerons une autre sorte de froment