DU THEATRE D’AGRICULTURE.
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lui d’un ; ains convient préférer à toutautre, le cueilli la mesme année qu’onle sème. Voici un autre artifice pour faireprofiter plus que de l’ordinaire la semencejettée en terre ; dont l’intention est d’au-tant plus subtile , que la preuve l’a au-tliorisée. Le blé destiné pour semence,soit froment, seigle ou orge, sera mistremper durant vingt-quatre heur es dansl’eau engraissée avec le meilleur fumierque pourrés treuver : et la façon de l’en-graisser est telle. Ayés un grand cuvier, etd’icelui remplissés environ les deux tiers ,de ce fumier-là; en-après achevés de rem-plir vostre cuvier, d’eau de rivière, la-quelle y laisserés séjourner environ deuxjours ; et puis en tirerés le fumier , quipar ce moyen , aura laissé toute sa forceet vertu dans ceste eau ainsi engraissée,pour la communiquer à la semence quemettrés tremper dans icelle, mais fautobserver, que sortant de ceste eau la se-mence qui y aura esté mise, la faut fairesécher à l’ombre; et dès aussi tost que serasèche, la semer, sans attendre que par tropse dessécher elle perde sa vertu nouvelle-ment receue. Par ce moyen, la semenceainsi préparée , rendra avec esbaliisse-ment dix-huict ou vingt pour un. Si enl'année s ui vante désirés avoir sur le mesm eblé , une telle multiplication, vous faudrapratiquer ce mesme remède, car cestevertu du fumier ne s’étend plus loin qued’une année (35).
Les mesures des terres n’estans par toutsemblables, ni les propriétés des terroirsgénéralement d’une sorte, font qu’on nepeut j ustement ordonner, ne de la se-mence, ne du temps qu’on a à employerau remplage et à la culture de chacun ar-pent de terre. Seulement le laboureur sera
AV la se-mence ni lelabour t nese peuventjustementprescrire.
averti de ne donner tant de semence à laterre maigre, qu’à la grasse : pour lafoi-blesse de ceste-là ne souffrir tant de chargeque la force de ceste-ci.Toutes-fois contrel’opinion d’aucuns qui veulentle contraire,fondés en ce que la terre grasse, pour safertilité, faict abondamment troncher ouclosser les grains , c’est à dire, qu’ungrain y faict plusieurs espis, et pourtant leblé y devoir estre semé clairement : au re-bours de la maigre , à laquelle le blé nefaict autre chose que naistre sans closserne multiplier, et que n’estant chargée debeaucoup de blé , elle se treuveroit tropclaire semée, joinct que tous-jours, enquelque endroit que ce soit, quelque por-tion de semence se perd dans terre. Cesdeux contraires avis ont esté ancienne-ment soustenus par Columelle et Pline }la décision desquels appartenant à toutmesnager , fera que la patience d’uncouple d’années, le résoudra de ce doute,pour y prendre avis, selon le naturel deson aer et de sa terre (36). On est par-toutd’accord , que plus de blé convient don-ner à la terre, que plus chargée d’arbres,et plus aquatique elle est, et que plus tardse font les semences : parce que les om-brages , les eaux , et les prochaines froi-dures de l’hy ver, en font tous-jours perdrequelque peu, contre lesquelles tempestes,résistent aucunement les semences estansfortifiées de la bonasse de l’automne , àquoi est requis prendre garde. Touchantle temps, ce sera le moins qu’on y pourraemployer, en allant à ceste œuvre (laplus remarquable du labourage), avec ex-trême diligence, tant pour le naturel del’œuvre, tous-jours plus profitable, avan-cée que retardée, que pour donner tempsà nos laboureurs, de continuer leur charge