DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE.
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rencontrans au décours de la lune, serendront du tout propres à ceste action :selon la commune opinion des bons labou-reurs , qui par excellence , appellent ceterme-là de l’année, la bonne-lune. Plu-sieurs bons mesnagers ne se soucient deceste observance, soit ou pour la pressede telle fatigue , ne leur donnant loisirde s’enquérir du poinct de la lune, ou queleurs coustumes les ayent résolus 11’estrebesoin d’en distinguer les termes poursemer les blés, à quoi je les renvoie :mesme à ce dont ils se sont bien treuvésdepère-à-fils, estant chose certaine qu’aumaniment de la terre son naturel et sa si-tuation sont de grande efficace. Palla-dius tient les ouvrages des champs n’estretrop avancés ou reculés, faicts quinzejours plus-tost ou plus-tard, que de leurvrai poinct. Ce sera à l’avis d 'Hésiode oùnous arresterons : il commande au labou-reur , de cultiver sa terre, la semer , enmoissonner le blé, estant nud, c’est à dire,en beau temps, auquel convient diligen-ter sans estre chargé d’accoustremens.Partant, sans laisser escouler les bonnessaisons, et avant l’empeschement de l’hy-ver, nous expédierons nos semences.
Tour bien La semence sera esparse le plus esga-
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lement qu on pourra, et couverte de terreseulement de deux à trois doigts 5 afin dela faire naistre et accroistre avec profit :plus ou moins de terre lui estant nuisible.Le blé inégalement semé, ne peut naistrequ’inégalement : c’est assavoir , espesse-ment d’un costé, et rarement de l’autre :d’où avient qu’en un endroit par troppressé ne peut s’avancer qu’en langueur :en l’autre, les nuisibles herbes s’accrois-sans parmy, au vuide qu’elles y treuvent,le suffoquent : et celui trop chargé de
terre, s’estouffe à cause de la pesanteurd’icelle n’en pouvant sortir : ainsi void-ontelles inégalités préjudicier beaucoup à cemesnage. Presques tous les mesnagers sedéçoivent en cest endroit ; ceux-là seulstenans la vraie méthode pour bien semer,qui couvrent les blés à la herce , laquelleesgalement les espard, en les fourransdans terre à la proportion de ses chevilles,selon la longueur que leur aurés voulu don-ner et treuvée propre à l’expérience. Defaict, il est raisonnable de confesser que '“ u ,la plus-part des semences se perdent dans "terre, veu qu’elles ne font communément,mesme ès bonnes terres, que cinquenerou sixener , comme a esté touché ci de-vant 5 au lieu que toutes les semences ve-nans à bien, faudroit qu’elles rendissentcinquante ou soixante pour un, voire etd’avantage : d’autant que d’un grain plu-sieurs espis viennent, et que chaque espiproduit plus de vingt grains, ainsi quecela se remarque oculairement. lies four-mis , les vermines, les oiseaux et autresbestioles en desgastent bien une bonnepartie : mais non tant qu’il nous en man-que à nostre compte, la plus-part de celleperte procédant de la façon du semer etcouvrir : à laquelle ajoustant, le non-bienchoisir la semence , n’est de merveille sinos terres ne respondent à nostre inten-tion. Prenant la peine d’aller après le la-boureur lors qu’avec le soc il couvre la se-mence , vous le remarquerés facilement.
Le semeur quelque bonne main qu’il ait,jette la plus-part du blé dans le fonds deslignes, où en roulant s’emmoncelle,commedans des vallons, sans se pouvoir arrestersur la creste des raies, pour leur rehausse-ment : dont se treuve plus de semence enun endroit qu’en l’autre. Là où la poincte