SECOND LIEU
Uutilitè dela herce , quiest ou rem-porte t
142
dusocpasse, un seul grain de blé ne reste,ains ès costés tous s’assemblent par lesaureilles ou les escus du soc, qui en con-fusion les y entassent les uns sur les autres,causant que la moindre partie de la se-mence vient à bien , qui est celle quise rencontre commodément couverte deterre , qu’on void pousser la première ,paroissant à la creste et ès costés du rayon,selon le chemin du soc. Et si bien se treuvedu blé parcreu au fonds du rayon, c’estparlebénéfice du tempérament des tempset fertilités de la terre ; faisant troncher,closser et multiplier à la longue ce peude grains qui s’y treuvent nais ; se dissi-pant le reste, comme si de-propos-déli-béré on le jettoit dans la rivière , à nostreintérest et deshonneur de nos terres. Cou-vrant les semences à la herce, est remé-dié à ce défaut, entant que l’art a du pou-voir , parce qu’esgalement les blés sontespars sur terre , comme a esté monstré ,laissant les évènemens à Dieu , qui donnele naistre et l’accroissement de touteschoses. Par tout l’on se peut pourvoir debonnes semences , mais non par tout seservir de la herce, pour les diverses qua-lités et situations des terroirs. Où le fondsn’est pierreux, ne trop pendant, la hercejouera à plaisir : auquel cas servés-vousen, sans mettre en considération les cous-tumes , d’autant qu’à meilleure occasionne les sçauriés rompre : mais ne s’y ac-commodant le lieu , force vous sera defaire vos semences au soc. Et à ce quecela soit à moins de perte , en adoucis-sant le naturel du soc, que des deux der-nières oeuvres, que baillerés à vostreterre, l’une peu devant, et l’autre incon-tinent après le semer, les lignes soyentprès-à-près l’une de l’autre , pour apla-
nir tant qu’on pourra le plan général dela terre, en imitant l’ouvrage de la herce,afin d’espandre là dessus uniment la se-mence : ce qui se pourra faire assés bien ;pource qu’il n’y a beaucoup d’enfonce-mens ni rehaussemens en la terre ainsimaniée. Quant au couvrir , ce sera au la-boureur de limiter cela, donnant à sonsoc autant de terre qu’il voudra , peu ouprou, et selon la mesure dont il sera ré-solu charger sa semence : mais de réfor-mer le vice du soc en ce qui est d’emmon-celer la semence ès costés, n’y a aucunremède. Pour laquelle cause, à ceste ac-tion demeure la herce , le plus propre detous instrumens, faisant naistre et leverla semence esgalement, et sortir de terrecomme herbes de jardinages et prairies :chose très-belle à l’oeil, ainsi qu’avec plai-sir cela se remarque en l’Isle-de-France,vers Sainct-Denys et ailleurs. C’est pour-quoi raisonnablement on se peut esbahirde voir la herce rejettée de beaucoupd’endroits , esquels commodément ellepourroit servir, seulement retenue en peude contrées, erreur des plus apparentesen l’agriculture. Encore que le fonds nesoit entièrement deschargé de toutes sortesde pierres , la herce ne laissera pourtantde jouer, j’entens la roulante, qui facile-ment passera par dessus les menues pier-res, n’excédans la grosseur d’une noix, ceque la rempantene pourroit faire, par soncours estre en trainant et arrachant (46).Et quelle que soit des deux herces, outrel’utilité susdicte, ce remarquable services’y treuve , que de mener six fois plus deterre que le soc, très-opportun en tellepressée saison de semences ; en laquelleles heures et momens se comptent, pouravec diligence expédier la besongne.
Ou roulante.