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SECOND LIEU
Explication des diverses colonnes du Tableau,intitulé: Culture flamande .
Nous allons développer successivement ,dans l’ordre du tableau d’autre part :
i°. La quantité des terres de la ferme quien fait l’objet.
2 °. Leur distribution et leur emploi, ou leurassolement.
3°. Les engrais qu’elles reçoivent.
4°. Les labours qu’elles exigent.
5°. Les semences qu’on leur confie.
6°. Les récoltes qu’elles produisent.
§. I. Explication des mesures de terre.
Dans les colonnes de l’emploi des terres , leschiffres indiquent les mesures locales dont ilfaut d’abord se faire une idée.
La mesure qui a dù servir de règle , est lebonnier, qui contient trois mille sept centtrente-quatre toises vingt pieds soixante-quatrepouces carrés. L’arpent, mesuredeParis, ayantneuf cent toises carrées ; le bonnier, en me-sure de Paris , égale quatre arpens cent trente-quatre toises vingt pieds soixante-quatre pouces,ou quatre arpens et un neuvième d’arpent. Lebonnier est plus grand que l’hectare , puisquel’hectare ne contient que deux mille six centtrente -deux toises carrées, et quarante-troiscentièmes.
Le bonnier se divise en seize parties égales ,que l’on appelle cent. Le cent équivaut à un peuplus de onze ares , ou onze décamètres carrés.
La ferme dont il est question , distante d’unelieue (cinq kilogrammes) environ de la ville,est composée de seize bonniers , ou soixante-cinq arpens de Paris , et une fraction, qu’ilfaut négliger pour les passages d’une terre àl’autre, et de quelques emplacemens nécessairesà l’exploitation. Ces seize bonniers représen-tent vingt-deux hectares et un tiers. Ce n’estpas le sixième du terrein que comprend , dansla Beauce et la Picardie , une ferme de troiscents arpens , de la grande mesure ; ces sortesde fermes y sont très-ordinaires ; mais on estbien loin d’en retirer , dans la proportion, ceque le fermier Flamand fait produire à ses seizebonniers.
Cependant, il faut être bien persuadé qu’iln’est pas de cultivateurs, en général, plus malnourris et plus mal logés que le fermier de laChâtellenie ; c’est souvent sous le chaume , et envivant d’alimens simples et grossiers , qu’ilvient à bout de faire les dépenses journalièresdont on va parler. De la vache salée , enfumée,et du lait de beurre, sont à-peu-près sa seulenourriture. C’est à l’économie la plus sévère ,c’est à la quantité de bestiaux qu’il nourrit,et auxquels il ne refuse rien , qu’il doit l’abon-dance si nécessaire à une culture qui ne laissepresque point de terres en jachères.
§. II. Explication des quatre premières colonnesdu tableau) qui présentent l’emploi des terreset le remplacement des grains pendant quatreannées } ou U assolement de la ferme.
Des seize mesures de terre , ou des seizebonniers qui forment cette ferme, un bonnierse trouve occupé par le logement du fermier,par son jardin et son verger.
i°. L’emplacement de la ferme contient or-dinairement deux cent verges de terre, sur les-quelles se trouvent le bâtiment propre à l’usagedu fermier ; les écuries , étables , granges , pou-lailler , porcher et remise au bois ; tous ces édi-fices , construits dans le contour , forment , parleur ensemble, une clôture. Le long des bàti-mens est un trottoir , de quatre pieds et demi(un mètre et demi) de largeur , fait en brique.Le centre est une cour creusée de deux à troispieds (un mètre) , où se jettent les litières desbestiaux et les ordures de la ferme, pour servirau plus grand objet de tout cultivateur fla-mand , c’est-à-dire au fumier.
2 °. Un cent de terre en jardin potager , oùse cultivent quelques verges de tabac , desoignons , des choux pommés , verds et rouges ,des haricots , des pois, des carottes , des sa-lades et autres gros et petits légumes , qui seconsomment dans le ménage du fermier.
3°. Treize cent de terre en herbages ,forment le verger , qui est entouré d’une haied’épines , chargé dans le tour de quatre-vingt àcent arbres montans, et de quatre-vingt à centarbres fruitiers, épars , mais plantés avec soin.