DU THEATRE D’AGRICULTURE. 267
Autrwt.
nera jusqu’à estre réfroidie : d’où incon-tinent après tirée , demeurera au ton-neau celle odeur que désirés pour vostrevin, qu’à telle cause mettrés aussi tostdedans ; sans attendre que le tonneau sesèche. C’est à dire, quelques pleins seauxde moust, pour y attendre les vins cleretset rouges, afin de leur donner poincte pi-quante , si de tels vins y voulés loger, ousi c’est pour vins blancs, les en remplirdu tout à la fois. A vostre intention pour-ront satisfaire les rosmarin , fenoil ,glayeul, souchet, aclie , toute-bonne,fueilles de laurier, baies de genèvre , etsemblables. L’expérience a auctorisé leseul vin jetté, tout bouillant, dans le ton-neau. Aussi à l’affranchissement des ton-neaux neufs , et à la conservation desvieux, est de grande efficace , la décoc-tion des raisins faicte avec de l’eau nette,car par nullement s’estranger du natureldu vin, le conserve très-bien. A laquelledécoction, ajoustant du sel, d’alun-de-roche pulvérisé , de la chaux neufve enpierre , la quantité convenable à la capa-cité du tonneau qu’aurés en main, nonseulement la préparera-elle à recevoir levin comme désirés estant neuf, ains vieilet se perdant de moisisseure , ckancis-seure et autre puantise , le remettra enbon estât : si bien, qu’à faute d’autrestonneaux sans macule ( comme avient èsgrandes vendanges , que quelques-foisl’on est contraint loger les vins où l’onpeut) y pourrés mettre tout bon vin, sansscrupule^ le tonneau restant bon et af-franchi de là en avant : à la charge toutes-fois , que par mauvais gouvernement onne soit contraint à renouveller le remède.
Des parfums secs peut-on user en cestendroit, mais par ne tendre qu’à un but,
assavoir, à donner bonne odeur au ton-neau, non à l’enduire et faire enfler aussi,comme à ces deux effects parviennent lesprécédents, sont les secs moins employésque les humides. Les Alemans se serventdu souffre à parfumer les tonneaux : surun réchaut ils fontbrusler du souffre, du-quel la fumée entrant dedans le tonneau,par un entonnoir mis au trou du bondon,à cela le tout proprement accommodé ,faict dedans le tonneau une incrustation,comme suie de cheminée, sur laquelle ,le vin estant entonnellé, se maintientlonguement en bonté , ainsi qu’il a estédict. Autres, avec le souffre , font demesme brusler des retailleures du bois defousteau , faictes avec un rabot de char-pentier : desquelles , entortillées commeanneaux, et enfilées avec un fil d’archal,s’en compose une chaîne , puis trempéedans le souffre fondu, est allumée et four-rée dans le tonneau par le bondon : làattachée par un bout du fil , pend jus-qu’au milieu du tonneau , et y demeuretant que le souffre dure en bruslant, puisretirée en charbons avec le fil d’archal,le vin est incontinent jetté dessus.
Or quelque bonté qu’aient nos ton-neaux , soient vieux ou neufs, ne seraque très-bien mesnagé , de les parfumerchacun an , avant que de les employer.Car bien qu’en cela y ait de la peine, ellese treuvera néantmoins très - petite , aurespect de celle qu’on endure en la pertedu vin, qui le plus souvent se gaste parfaute de bon logis. Et puis que le bon logisest le secret de ce mesnage, ne craignonsd’excéder par netteté en cest endroit.Si la naturelle malice du terroir de nosvignes contrarie à ceste science , commede tant extravagans vins se treuvent ne
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Parfume/les tonneaux.