DU THÉÂTRE D’ AGRICULTURE.
poiré dans un tonneau-à-vin de vigne ,aucunement moisi ou chanci, ce tonneau-là s'affranchit et se rend bon pourveu quesans abuser du remède, l’on deslonce letonneau au temps susdict, sans souffrir yséjourner aucune saleté ne ordure.
Celle est la façon de toutes sortes devins fruictiers , estant les pommes et lespoires guides des autres fruicts. Seuls ouavec de l’eau , pourront estre employésen breuvage tous fruicts qui ont le suc vi-neux , qui ne se corrompent trop facile-ment , estant bons à manger , commecoins , cormes , cornoailles , prunes, ce-rises et semblables (108) : mais aucunsvins procédans de ceux-ci, ne sont à com-parer aux poirés et pommés, avec rai-son tenant le premier rang de ces breu-vages. J’ai dict les sidres varier en cou-leur et saveur pour le terroir et pourla race. Ainsi, et pour mesme cause enest-il des poirés. Touchant aux noms despommes et poires , leur diversité pro-vient principalement des diverses pro-vinces qui les produisent : dont la non-nécessaire recerche ne pourroit estre quetrop curieuse (109). Suffira d’eslire pource service, fruicts bien qualifiés , capa-bles de respondre àvostre intention selonla faculté de vostre pays (110).sure. La bière est une boisson faicte avec desgrains ; diversement nommée , selon lespays et les langues, chacune ayant sa par-ticulière appellation, comme medon , gut-tal, cervoise, queute, aile, et semblablesusités en Lorraine , Angleterre, Escosse,Flandres , Alemagne , Polongne , Bo-hême , Dannemarch, Moscovie et autresnations septentrionales, où telle boisonest familière, et cogneue en aucunes pro-vinces de ce royaume. Et bien qu’avec
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raison la bière cède au pomé et poiré , siest-ce que plus qu’eux donne-elle de peineà faire, comme il sera veu. Tous grainsbons au pain, sont aussi propres à labière : plus toutes-fois les uns que lesautres : ce qu’on recognoist à l’orge, quide tous les blés est le meilleur à ce breu-vage , pour une vertu saine et médeci-nale qui est en lui (111). Le temps de cemesnage n’est restraint à certaine saisonde l’année , veu que tous-jours on a dublé dans le grenier. La plus usitée façonde bière , est ceste-ci. L’on choisit duplus beau orge qu’il est possible de treu-ver , bien nourri et pesant, semblable-ment de l’avoine. On les nettoie en per-fection et mesle-on ensemble non enquantité esgale , ains y mettant d’a-voine seulement un tiers ou un quartdu total, le reste estant d’orge. Le toutest mis tremper en eau claire et nettede rivière ou fontaine , non de puitsne cisterne (112), dans une cuve pourvingt-cinq ou trente heures, passées les-quelles tiré de là, est ce blé porté reposerdans quelque lieu net et serré , pour ygermer; à telle cause l’emmoncelant tantqu’on peut. Ce qui avient dans quelquesjours : et lors est desentassé et escarté surle pavé ou plancher , afin que le blé fanése sèche par-aprés pour estre rendu ca-pable à moudre. A quoi on l’avance enle mettant sur le fourneau à ce appro-prié : où à l’aide du feu et de la fumée,ce blé dans peu de jours se sèche du toutbien. Lequel ainsi préparé , est porté aumoulin , et mis en farine, et de là rap-porté dans la cuve. Sur ceste farine jette-on l’eau toute bouillante, autant qu’il enfaut pour la couvrir, laquelle boit incon-tinent l’eau. Ce qu’estant faict, avec des