DU THEATRE D’ AGRICULTURE. 3 7 i
aux hutins un soleil assez chaud , tel qu’il l’estdans notre vallée; 2°. que les soins qu’ilsexigent sont très assujettissons , et ne convien-nent pas aux pays de grande culture ; 3 °. qu’ilfaut attendre long-temps la rentrée des pre-mières avances , plus considérables que pour lavigne en plantation ordinaire ; 4°- que le ma-niement de la chaTïue dans les pièces d’hutinsest assez embarrassant. On risque de blesser lesceps , si l’on rase de trop près , et on perd duterrein si l’on ne le fait pas. Les bœufs , ou leschevaux de labour , s’accrochent souvent par lescornes ou par les harnois à la rame, qu’ils rom-pent en cheminant : il faut d’ailleurs leur mettredes paniers pour qu’ils ne mangent pas la rameou les érables. Il est très-difficile de tourner et deramener à l’extrémité des tires. Enfin, lorsquele raisin approche de sa maturité, les ouvriersde charrue en font une consommation considé-rable , que le maître ne sauroit prévenir.
A ces détails , que j’ai reçus du C. Pictet, jevais joindre quelques remarques sur le mêmesujet, relativement à la Bresse , au Dauphiné,à la Savoie .
Varenne de Fenille veut qu’on place , enBresse , un prunier à la tête de chaque ligne dehautins (qu’il nomme aussi hutins). Il con-seille de préférer la kuetsche de Lorraine ,arbre très-productif , dont le fruit fait de bonspruneaux et une marmelade saine pour les ha-bitans des campagnes. (Mémoires sur l’Admi-nistration forestière , tome II , page 80.)
Le 21 Janvier 1771, on écrivoit de Grenoble ,à l’auteur de la Gazette d’Agriculture, Com-merce , Arts et Finances :
« L’agriculture offre , dans les environs decette ville, des choses dignes de remarque. Ilest peu de cantons , par exemple , où l’on cul-tive mieux le hautin. L’arbre qui supporte lasouche dans les terreins gras et humides , esttaillé en vase évidé en dedans. L’on voit àGiéves , à une lieue ( un demi - myriamètre )d’ici, dans un fonds de M. Couturier, des hau-tins dont le tronc des souches a jusqu’à quatrepieds (un mètre trente-trois centimètres) decirconférence. Il y en a même deux qui n’en ontpas moins de cinq (un mètre soixante-trois cen-timètres). C’est un de ces phénomènes qui, pour
n’être pas croyables , n’en sont pas moins réels.
» Dans les terreins argileux et secs , onélève la vigne en éventail, à environ huit pieds(deux mètres soixante centimètres) de hauteur.Pour former l’éventail, 011 plante de forts po-teaux , dont on a un peu brûlé la partie qui doitêtre enterrée. On les unit par le moyen de lattesque l’on cloue par dessus. Le raisin y mûritmieux que sur les arbres en vase, mais il pro-duit moins. » (2 Février 1771 , n®. 20.)
Enfin , Costa dans son Essai sur Vaméliora-tion de la culture des Montagnes , résumeainsi ce qu’il a dit sur cet article : « Les hutinssont une pratique précieuse pour abreuver lelaboureur. Tenons donc nos meilleurs champsgarnis de lignes de ceps , qui lui fourniront uneabondante vendange , dont nous partagerons lesprofits. Cette pratique est déjà autorisée par denombreux et respectables exemples, dans toutesles parties de la Savoie , et l’expérience en se-rait bien plus étendue , si on savoit que lesmoyens de garantir ces hutins des rigueurs deshivers , sont faciles. Il ne s’agit que de les en-terrer , en automne , de quelques pouces (plu-sieurs centimètres) de terre, jusqu’à la fin desgelées. En les tendant alors, ils portent abon-damment et avec vigueur. Cette méthode assu-rerait de grandes récoltes de vin dans des lieuxde la Savoie où l’on ne se doute pas que les cepspuissent ne pas périr. Enfin , c’est une augmen-tation considérable des revenus des fonds deterre , qui ne coûte guère , et qui mérite la plusgrande considération. »
Je me suis attaché à développer la méthodede planter des hutins , non pas précisémentpour engager les vignerons à l’adopter , maispour déterminer les décorateurs des jardins àétudier ce moyen d’enrichir et de varier leurscompositions , dans un genre vraiment françois.Les partisans de Kent auraient dû saisir parminous cette occasion singulière de faire valoir lesressources du sol et du climat. Une plantationde hutins en rapport, produiroit, dans un solaride , exposé à l’est ou au sud , un genre debeautés locales que nos voisins et nos rivauxne peuvent jamais égaler. L’humidité de leurclimat leur donne des gazons plus touffus etplus verds ; mais nous avons ici d’autres maté-
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