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Tome I. IIe. Partie.
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T R O I S I E S M E LIEU

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car la pomme de terre, cultivée, exploitée et dis-tillée en grand , est devenue , entre ses mains ,lobjet dune entreprise immense. Cinq à six centsarpens (deux à trois cents hectares ) de sable nesont communément que des bruyères et dessables. Entre les mains dun homme instruit,cette aride superficie devient une terre féconde ;il semble quà sa voix les pierres se changent enpain. Cest le miracle que produit M. Villiez,kKefferthal. Avant lui, cétoit un désert ; aujour-dhui, ce désert est couvert danimaux, et nour-rit beaucoup de familles dhommes laborieux ,cest-à-dire , dhommes utiles.

Il a conclu , de son exemple , que chaqueferme devroit être une manufacture ; que toutcultivateur devroit avoir un alambic, dune gran-deur proportionnée au bétail quil pourroit en-graisser avec les résidus des distillations ; et quelhabitant des campagnes trouveroit un grandbénéfice à cultiver, dans les jachères , les racinesqui serviroient à cette nouvelle industrie.

Il ne brûle que de la tourbe. Tous ses four-neaux sont sur des grilles. Autant il recommandela distillation , autant il veut que lon saisisseles moyens déviter la déperdition du bois.

Deux quintaux ( dix myriagrammes ) depommes de terre, suivant ses procédés , rendentquatre pots deau-de-vie, ou quarante pots devinaigre, ou cent vingt livres (six myriagrammes)de farine, ou vingt - cinq livres (douze kilo-grammes) damidon. Cet amidon se fait sans feu.Pour les autres produits , les pommes de terresont cuites dabord à la vapeur. Voilà les seulesnotes que jaie prises dans le temps , mais qui nesont quun foible extrait dun ouvrage étendu.

Javois gardé ce souvenir, lorsque jai vu dansl 'Annuaire du département de la Sarre, quilexistait à Trêves des distilleries de pommes deterre. Jai demandé quelques détails au C. Ze-govitz, auteur de ce très-bon ouvrage ; il ma faitparvenir une bouteille deau-de-vie de pommesde terre, avec les notes suivantes.

Le Secrétaire-général de la Préfecture du départementdelà Sarre, au C. François (de Neufchàteau).

Trêve* , le 27 Messidor an XI.

« Citoyen Sénateur, je dois satisfaire à votrequestion , relative à la distillation des pommes

de terre , par les connoissances que jai person-nellement de ce procédé. Rien nest plus certain,plus facile , ni plus avantageux que cette distil-lation ; elle est universellement pratiquée dansce Département et dans ceux des deux rivesdu Rhin . Il 11y a point de laboureur , point defermier tant soit peu à son aise , qui ne senoccupe. Elle est extrêmement facile, puisquellene consiste quà faire bouillir les pommes deterre , et à les faire fermenter , moyennant dulevain de bière et un peu de malt, et à les sou-mettre pour lors à la distillation. Ce procédé,sil est observé avec soin , donne une eau-de-viequi ne le cède pas au ruin. Leau-de-vie re-nommée de Manheim, nest autre chose que deleau-de-vie de pommes de terre, mêlée avecquelques herbes aromatiques. Cette fabricationest avantageuse : considérée comme objet decommerce , elle nous attire du numéraire , qui,avant la connoissance de ce procédé , sécouloitchez létranger , pour limportation des eaux-de-vie ; elle est, en outre, très-favorable à len-tretien et à lengrais du bétail. Trois hottes depommes de terre donnent cinq mesures deau-de-vie , et quatre hottes de marc ; ces quatrehottes de marc équivalent, pour ainsi dire, ensubstance nutritive , aux trois hottes de pommesde terre. On voit fort souvent les porcs se dé-goûter des pommes de terre et refuser de lesmanger ; ce quils ne font jamais pour le marc.Le laboureur, en cultivant les pommes de terre ,est donc assuré davance dun gain certain , ré-sultant de leur distillation , sans rien perdre dela substance quil destinoit à lentretien et à len-grais de ses bêtes à cornes et de ses porcs. Tellessont les notions que jai sur la distillation despommes de terre , et que jose vous garantirexactes. Signé Zegovitz. »

Comme je désirois de savoir à quoi men tenirsur cette fabrication , je me suis adressé à descultivateurs-chimistes, qui demeurent à Charle-roi. Leur réponse contient des détails curieux,non seulement sur lalcool fourni par la pommede terre, mais sur celui que donnent la carotte etla betterave. Voici un extrait de leur lettre :

« Les pommes de terre furent les premierslégumes que nous soumîmes à la distillation :elles doivent être cuites avant tout ; cest sûre-