DU THEATRE D’AGRICULTURE.
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plus lamême abondance de lait, qu’on s’en défait.La nature, dans ces animaux, est par conséquentdéjà fatiguée , et en partie épuisée.
On les fait emplir avant de les vendre , parcequ’elles paroissent en meilleur état, et que, d’ail-leurs, on sait qu’elles seront achetées pour en fairedes vaches laitières. On les vend vers la fin de lagestation.
Ces bêtes , soit dans les Départemens où ellesrestent à l’étable , soit dans ceux où elles restentau pâturage , ne font que très-peu ou pointd’exercice.
Les marchands qui en font le commerce àParis , ont des courtiers , ou des agens, qui serépandent dans les Départemens, et vont lesacheter chez les fermiers et dans les foires ; ou,des marchands , qu’on appelle de la premièremain, les y achètent pour leur propre compte ,et viennent les revendre dans les marchés jfiusprès de Paris .
Les uns et les autres savent l’époque fixe desmarchés dans les campagnes ; et comme celui deParis se tient deux fois par semaine , ils cal-culent la marche des vaches , non sur leur étatde plénitude ou de fatigue , non sur la longueurde la route qu’elles ont déjà faite , et sur cellequi leur reste encore à faire, mais sur lej our dumarché , et pour qu’elles arrivent la veille dansles environs.
Elles font ordinairement quatre à cinq myria-mètres ( huit à dix lieues ) par jour , rarementmoins, et quelquefois davantage, lorsque le ven-deur est pressé d’arriver et de vendre.
Ces vaches sont conduites par des toucheurs ,ou garçons qui , sans égard pour leur état, leurprodiguent les coups de bâton pour hâter lamarche , et leur épargnent la nourriture paréconomie, et pour éviter la perte du temps.
Elles passent les nuits dans des étables d’au-berge , le plus souvent sans litière ; elles y sontquelquefois en si grand nombre, qu’elles nepeuvent s’y coucher et y respirer , sur-tout dansles étables des marchés ; elles y reçoivent descoups de pieds ou de cornes les unes des autres ,elles se pressent et se heurtent rudement envoulant sortir ou entrer toutes à-la-fois par desportes trop étroites, sur-tout pour des vachespleines.
On peut encore ajouter à toutes ces causescelle qui résulte du poids de leur pis , et de lagêne qu’il oppose à leur marche, les marchandsles laissant empisser , pour que le pis soit plusvolumineux , et que les vaches paroissent meil-leures laitières.
Un assez grand nombre de ces vaches tombentmalades , ou vêlent en chemin. Le dégoût, lafourbure , la courbature , des inflammations depoitrine, le pissement de sang, l’avortement,l’inflammation gangréneuse de la matrice , lafièvre laiteuse , sont les maladies qu’elles éprou-vent le plus communément, sur-tout pendantla mauvaise saison et par la marche sur le piavé ,à la pluie, à la neige , etc. Si les marchandssont forcés de les laisser dans l’endroit où ellessont tombées malades , et si elles paroissent endanger, ils se hâtent de les vendre aux bouchersdes lieux, ou, ils les y laissent séjourner jusqu’aumarché prochain ; heureuses encore, si, pendantce temps, elles ne sont pas médicamentées , d’a-près l’ordonnance du marchand, avec l’urine,l’ail, le vin, la thériaque, et d’autres remèdesincendiaires , qui ne peuvent qu’ajouter aux dis-positions inflammatoires. Us se débarrassent éga-lement des veaux, en les vendant sur-le-champaussi aux bouchers , quoique souvent morts-nés. Si les vaches peuvent marcher, ils ne leurdonnent point de relâche ; il faut qu’elles ar-rivent dans les villages aux environs de Paris ,la veille du marché , pour y être conduites lelendemain matin, quelquefois de un ou deuxmyriamètres (deux, trois ou quatre lieues).Celles qui se ressentent de la fourbure sont dé-sergotées , chaussées , ou vigoureusement exer-cées et échauffées avant la vente ; elles sontcontinuellement en exercice , et les coups defouet et de bâton empêchent l’acheteur de s’a-percevoir des fatigues de la route. Les mar-chands de vaches rivalisent, de ce côté, lesmaquignons.
Enfin , elles sont vendues , dans cet état, auxnourrisseurs , fraîches vélées , ou prêtes à vêler jet si on se retrace toutes les fatigues dont jeviens de faire le détail, on présumera sans peineque le vêlage doit être accéléré et orageux. Eneffet, il est ordinairement avancé d’une quin-zaine de jours , et souvent accompagné ou suivi