DU THEATRE D’ AGRICULTURE.
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les rondes , le dos cylindrique , le poitrail large,le fanon descendant très-bas , la croupe large etarrondie , tous les membres gros et courts.
Son corps , trapu , est couvert d’une lainetrès-fine , courte , serrée , tassée , imprégnéed’un suint beaucoup plus abondant que dans lesautres races ; elle s’étend sur toutes les partiesdu corps , depuis les yeux jusqu’aux ongles ;elle réfléchit extérieurement une couleur gri-sâtre , et quelquefois même noirâtre , due à lapoussière et aux autres corps étrangers qui ,s’attachant au suint dont la toison est impré-gnée , forment une sorte de croûte rembrunie ;divisée avec la main , elle laisse apercevoir unelaine blanche, soyeuse, frisée, dont les brinssont d’autant plus serrés , qu’elle est plus fine :on n’y découvre point , ou bien peu, de cespoils gros, durs , courts, et qu’on connoit sousle nom de jarre.
Les testicules sont très-gros , très-pendans ,et séparés par une ligne d’intersection parfaite-ment bien marquée.
La brebis la plus belle est toujours celle dontles formes se rapprochent le plus des caractèresqui constituent la beauté dans le mâle.
On doit, dans l’un et l’autre , s’attacher sur-tout à la vigueur. Outre les signes généraux quil’indiquent dans toute l’habitude du corps , l’a-gilité, la prestesse des mouvemens, il est facilede s’en assurer , en saisissant l’animal par unedes jambes de derrière; s’il la tire avec force ,que ses saccades soient brusques , promptes etlong-temps continuées , on peut se dispenser detout examen ultérieur ; si, au contraire , il neretire point sa jambe , ou s’il ne la retire quefoiblement , il faut le rejeter.
Quoiqu’avec quelques soins on puisse êtreassuré d’acclimater la race d’Espagne presquepar-tout et à quelque âge qu’on transporte lesindividus , il est certain , cependant, qu’on estbien plus sûr du succès en transportant les ani-maux jeunes. On préférera donc , autant qu’onle pourra , des béliers de deux ans. Il est aiséde concevoir que plus les animaux sont jeunes ,plus il est facile de les plier , de les façonner aunouveau climat sous lequel on les transporte.
La race d’Espagne s’accommode de toutes lesplantes qui conviennent aux races communes.
Plus une toison est fine , serrée , tassée, etrégulièrement étendue sur toute la surface ducorps , plus il importe de soustraire aux effetsde l’intempérie de l’air les animaux qu’on vientd’en dépouiller. Les grandes chaleurs ne sontpas moins à craindre dans cette circonstance, quele froid et l’humidité. La température la plusmodérée est donc celle qu’011 doit chercher à pro-curer aux bêtes â laine de race, pendant les pre-miers jours qui suivront la tonte : s’ils sont auparc , il importe de les en retirer , pourvu toute-fois qu’on puisse les tenir sous des hangars oudans des bergeries parfaitement bien aérées ; car,dans le cas où l’on n’en auroit que de basses ,d’étroites, d’étouffées , il y auroit bien moinsd’inconvéniens à laisser les animaux en plain air.
Le même principe doit faire proscrire , pourles bêtes de race, la méthode de laver les lainesà dos ; méthode qui , peut - être même , doitêtre proscrite pour toutes les races , ne présen-tant presque aucun avantage , et offrant, aucontraire , des inconvéniens majeurs. Il ne fautque les premières notions de la physique ani-male , pour sentir quels doivent être les effetsd’une toison imbibée d’eau, qu’on laisse se des-sécher sur le corps d’un animal auquel l’humi-dité est plus funeste qu’à aucune autre espèceconnue. La qualité, la conservation de la laine,ne sont pas moins intéressées que la santé desindividus , à la proscription de ce procédé ,qu’on ne suit , dans beaucoup de lieux, que parl’effet de l’habitude routinière qui retient tantde cultivateurs dans l’ornière qu’ils ont trouvétracée sur leur chemin.
La queue est , dans le mouton, un fardeauà-peu-près inutile et incommode. La queue secharge d’ordures qu’elle dépose en grande partiesur la toison , elle fatigue d’ailleurs , alors, parle battement répété , les jarrets et les jambesde l’animal. Les Anglois , les Espagnols , etgénéralement tous les peuples qui se sont atta-chés à l’amélioration des laines , ont grand soinde retrancher la queue à leurs bêtes à laine. Onattend , pour couper la queue , que les agneauxayent trois ou quatre mois ; on la coupe à troisou quatre pouces (neuf à onze centimètres) deson origine : il ne seroit pas sans danger de lacouper trop près.
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