DU THEATRE D’AGRICULTURE.
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cliangemens et quelques suppressions que j’aieu soin de rétablir dans notre édition , lors-qu’elles m’ont parues en valoir la peine ; dansles éditions postérieures , il a fait quelques ad-ditions qu’on trouvera dans celle-ci. Les prin-cipaux changemens se rapportent aux pages 2,i 5 ,40 et 96.
L’épitre dédicatoire m’a paru devoir êtreconservée, autant pour l’exactitude liistoriaue,que par les observations qu’elle contient ; lavoici copiée textuellement.
« A Nobles et vertvevx Messieurs les Pre-uost des Marchans , Escheuins , Conseillers , etautres Officiers de l’Hostel de ville de Paris ,capitale de ce fleurissant Roiaume.
» Messievrs , aiant ces jours passez mis sousla presse, une generale Agriculture , en laquelleest représenté l’Art d’emploier et cultiuer laTerre selon ses diuevses qualitez et climats : j’ayestimé estre à propos d’en extraire ceste partiedemesnage, qui traitte de la nourriture desVers-à-soye, et de la vous présenter: A ce que vospeuples incitez par telle adresse à s’adonner à tantnoble et profitable exercice, puissent joindreà vostre ville le dernier de ses ornemens , quiest l’abondance de soye. Telle seule commoditélui defaillant, laquelle neantmoins luy est d’au-tant plus requise , que plus de soye s’y des-pend , qu’en aucune autre ville de France ,bien-que achetée à grand prix et estimee commedrogue de Leuant et marchandise estrangere.Ce sont voirement des nouuelletez , non toutes-fois prejudiciables , mais descouurans le preiu-dice ; lequel s’augmentera d’autant plus , quel’on retardera à mettre la main à l’oeuure. Iln’est question pour se résoudre sur ceste ma-tière, d’en venir à la preuue , puis que vos peresl’ont faite pour vous, en vous plantans des vignes :lesquelles vous asseurent , que vostre terreet vostre aer , sont propres à receuoir les Meu-riers-blancs , et nourrir les Vers-à-soye : estansces choses tant amies par-ensemble , que là oùl’vne est, l’autre y peut estre. Iusques ici l’ona jugé vostre pays , comme par contumace , in-suffisant à produire la soye, sans vouloir en-tendre les causes de ce defaut. Tant scrupuleuxn’ont esté les anciens habitans du pais de Serésen Indie ( qui ont donné leur nom à la soye )
lesquels bien-qu’esloignez de quarante six àcinquante degrez de l’Jsle de Taprobane , estanssouz l’Equinoctial, de là ont neantmoins portéchez eux , la semence des Vers-à-soye , qui enaprez s’y est naturalisée, et aussi celle des Meu-riers , pour la nourriture de ce bestail. Ceux deNaples ont fait de mesmes de la Grece , où deSerinda ville d’Indie, telles commoditez estoientparuenues. Et en suite, comme par degrez,ont communiqué ces thresors , à la Prouence ,Dauphiné , Languedoc , et à leur voisinage,n’aians peu les Alpes empêcher de s’estre enra-cinez en tels quartiers, quoy qu’ainsi esloignezde leur première origine , passanstous les joursplus auant et gaignans terre auec heureux suc-cez. Et qui doutera que n’ayans à s’auancer en-cores que trois degrez pour atteindre jusques àvous , n’y treuuent agréable repaire ? Tout cequ’on peut dire au contraire , est, que lacuillete de la soye en sera tardiue ; à cause dela disposition de vostre Ciel , qui est vn peuplus froid que celuy du Languedoc . Quoy pourcela , pourueu qu’ayez de bonne soye et beau-coup? Vous ne laissez pas d’auoir abondancede bleds et de vins, encores que vos moissonset vendanges ne soient tant avancées qu’en Lan-guedoc. Voilà tout l’interest. Caton , oraclede son temps , disoit estre vergongne au mesna-ger , d’acheter ce que sa terre pouuoit produire.A qui telle repriinende mieux appropriée, qu’àceux qui vont mendier la soye des voisins, des-quels mesmes ils sont taxez de négligence ? C’està dire , aux habitans de presque toutes les pro-uinces de la France . Car, peu de lieux exceptez,par tout ce grand Roiaume la soye peut croistre:par ce qu’estant iceluy posé sous l’vne des Zonestemperees , est par conséquent tout temperé ;et n’y a autre cause qui empêche l’accroist de lavigne en diuers endroits , que la hauteur desmontaignes , dont la froidure extreme contra-rie à telle plante. Ainsi n’est pas entièrementde la Normandie , Bretaigne, Picardie , qui sontaussi bien sans hautes montaignes que sans vin ,où il y a apparence la soye s’y pouuoir cueil-lir , attendu l’abondance de bons fruicts qui ycroissent, dont les arbres , qui les produisent ,ne sont moins délicats que les Meuriers don-nans la soye par leur fueillage. Laquelle chose