DU THEATRE D’AGRICULTURE.
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Pain àpigeonnier.
Tenir daml e colombier
faict arrester au colombier sans l’aban-donner, chose considérable, mesme pourle respect des nouveaux pigeonniers , oùles jeunes pigeons , par tel passe-temps,s’arrestent très-volontiers.
Pouraccoustumer les jeunes pigeons aunouveau colombier , l’on se sert aussi decertains pains d’argille, composés commes’ensuit. Consumés dans un chauderonen eau claire, la teste et les pieds d’unbouc chastré, y bouillant premièrementles pieds, sur lesquels estans demi cuits,ad-jousterés la teste, où tout ensemblesera bouilli, tant, et jusques à ce que lesossemens se séparent d’avec la chair : la-quelle hachée menu, sera remise cuiredans la mesme décoction si longuementqu’elle se résolve en brouet espès. Ce-jiendant l’on brisera de la terre de po-tier , la deschargeant de toutes pierres,puis sera pestrie avec ledict brouet, ymettant du sel en bonne quantité, de l’u-rine, des vesces, du cumin, de la grainede chanvre, des blés si on veut. De cesmatières sera laicte une paste endurcie ,dont l’on formera des pelotes de la gros-seur des deux poingts d’un homme, qu’onséchera au soleil ou au four, jusques à cequ’elles soyent endurcies, et non brus-lées. Ces pelotes sont mises reposer dansle colombier en plusieurs lieux d’icelui,sur lesquelles les pigeons prennent dupasse-temps : car en les bequetant, laterre se rompt, faict jour tantost à ungrain de sel, tantost à un grain de cu-min, de chanvre, de vesce et d’autre, sique jusques à la fin, ils y treuvent quelquefriandise a manger : dont ils sont retenusau colombier.
Amesmes finstient-on d’ordinaire dan sgrmn le colombier, quelques gros grains de sel
endurcis, contre lesquels les pigeons s’a- de sel f ou
"I , , . , une teste de
heurtent, et pour en manger et pour yfrotter leur becj dont ils se regaillar-dissent, tant ils ont agréable le goust detelle matière(53). A cela aussi est utile,une teste de chèvre, cuite et bouillie dansl’eau, avec du sel, du cumin, du chanvre,de l’urine, la mettant dans le colombier,en laquelle les pigeons treuvent à mangerquelques sepmaines : et tous-jours à passerleur temps , en se frottant contre les osse-mens de la teste, après estre entièrementdespouillée de chair. Le millet frit dansdu miel y ad-joustant un peu de l’eaupour le garder de brusler, affriandit lespigeons dans le colombier pour ne l’aban-donner jamais : leur causant en outretelle viande, si bonne haleine, que lespigeons estrangers fréquentés par lesvostres en sont attirés à vostre colombier,chose non toutes - fois désirable pour lesraisons dictes.
Le colombier sera tenu le plus nette-ment qu’on pourra, les pigeons haïssanstoutes mauvaises senteurs, voire mesmecelle de leur propre fumier ; qu’à tellecause convient oster souvent et sortir ducolombier , sans s’arrester à l’antique dé-fence, qui est de ne toucher à ce fumier,que deux fois l’année, en l’automne et auprintemps, lors que diversement l’onsème les blés, en tels temps l’enlevantpour l’engraissement des terres : fondésen ce poinct, que la poussière du fumieren le remuant, s’arreste sur les oeufs despigeons, en danger de les garder d’es-clorre. Mais estant asseuré, que plus demal causent au général des pigeons, lachaleur et l’odeur de leur fumier, que sapoussière aux oeufs 5 ce sera, pour lemoins , une fois le mois que le ferons
Que le co-lombier soitnettoyé detout fumier.