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CINQUIESME LIEU
vencc et du Languedoc , où telle herbeabonde , là appellée , frigoule , sontprisés par dessus tous autres. Les ge-nèvres donnent aussi quelque bonne odeuraux connins qui mangent de leurs grains :et les cannes ou rozeaux communiquentla douceur de leurs racines , aux conninsqui s’en paissent. Par quoi, sera bon rem-plir la garenne de toutes ces plantes-ci,et autres recommendables, pour les boisetla nourriture. On s’abstiendra d’y plan-ter’ des saules, peujdes et autres boisaquatiques, bien-qu’abondansenramage,pour le mauvais goust qu’ils rapportent àla chair des connins : comme se recognoisten ceux des isles, qui, nourris de cesteviande, sont peu prisés. Quant aux her-bes, les plus désirables sont celles qui es-tans mangeables, sont aussi odorantes,comme le thym, le serpoullet, par dessustoutes : le basilic, la lavande , l’aspic, etsemblables. Après, les choux, les laic-tues, les espinars et autres de jardin : les-quels ne se mettent qu’en garenne pe-tite , non jamais en grande : d’autantqu’en lieu spacieux, Nature fournit abon-dance de vivres à ce bestail, meilleurscpie ceux parvenus d’artihce. C’est aussifaute de viande qui faict semer en la ga-renne , de l’orge et de l’avoine ; afin quede leur herbe les connins se paissent enhyver.
parier Après avoir dressé la garenne, la fautpeupler, car d’attendre que Nature lafournisse d’elle-mesme, ce seroit une es-pérance vaine : mesme ceste - ci qui estclose , en laquelle les connins estrangersn’ont plus d’entrée pour s’y engeancer,que les domestiques d’issue pour s’en-fuir.Plusieurs pour ensemencer la garennen’usent d’autre mystère , que d’y jetter
dedans quelque petit nombre de femellespleines, lesquelles par les petits qu’ellesfont, masles et femelles , et iceux par-après d’autres à l’infini, meublent la ga-renne : non toutes-fois si tost, que parlavoie du clapier, dont se servent ceux quile mieux s’entendent à ceste espèce demesnage. En ce faisant, la garenne semaintient au superlatif degré de bonté.
Le clapier est un lieu clos de muraille Le ei« P ur.bien maçonnée, comme celle d’un jardin,qu’on faict tant grand ou tant petit, et dela figure qu’on veut, en partie couvert,en partie descouvert: dans lequel l’on en-ferme des connins des deux sexes, vingt-cinq ou trente femelles pour un masle :où on les nourrit de toutes despouilles dejardin, des fruicts des arbres, jusqu’auxglands, cormes et Cornouailles ; du son, del’avoine et d’autres viandes, telles qu’ona, délicates et grossières : tant ce bestaila bonne bouche, se paissant de tout,mesme du foin, des perches de saule, etdes sarmens de vigne, leur en donnant enhyver. Là il se multiplie estrangement,d’autant que les femelles font des petitstous les mois , peu exceptées , lesquelsdevenus grands , s’accouplans masles etfemelles , en font aussi de leur costéd’autres : si que par ce moyen, le clapierfournit à manger des connins en abon-dance : mais c’est de viande grossière, àcause du logis et de la nourriture, dontces connins sont mis au reng des moinsvaleureux. On leur accommode des nidsavec des aix ou avec des pierres plates :et en outre, leur faict-on quelques monti-cules de terre, pour y passer le temps enfouillant. Et à ce qu’ils ne s’en-fuyent pardessous les fondemens des murailles, pourun préallable on les fonde fort profondé-