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CINQUIESME LIEU
heure ils sont espars par la garenne pourpaistre : lesquels se voyans frustrés del’espérance de leur retraicte, tumbent fa-cilement dans les filés que leur aurés ten-dus en chemin. Prévoyant ceste chasse,dès le dresser de la garenne, l’on façonneles terriers ou cavernes, de telle sorte,que la prinse de ce bestail est rendue ai-sée et sans bruit. L’on faict des conduictsou longs passages traversans les monti-cules diamétralement en ligne droicte ,selon que s’accorde le mieux. D’un desbouts l’on tend le filé, et de l’autre avecune longue perche qu’on fourre dans letrou , l’on alarme les connins qui setreuvent dedans, lesquels se voulans sau-ver à la fuite, ne se prennent garde qu’enleur issue se treuvent attrapés au filé.Autre plus propre moyen à prendre cebestail , se pratique avec beaucoup deplaisir : c’est en laissant cheoir un grandpanier d’ozier, faict sans fond, large parbas, comme une cloche, sur la trouppe deconnins mangeans serrement ensemble,lequel attrape une partie, qu’après l’onretire par une porte à ce expressémentfaicte au costé du panier. Pour à quoifacilement parvenir, faut que le panierdemeure tous-jours suspendu au lieu ac-coustumé à donner à manger aux connins,afin qu’ils ne se doubtent de l’amorce,eslevé un couple de pieds sur terre, parle moyen d’une potence là dressée, au becde laquelle sera accommodée ou une pocheou polie , pour doucement faire couler lacorde portant le panier, l’autre bout delaquelle, attaindra jusqu’au cabinet joi-gnant , pour d’icelui faire jouer l’artifice.Quand il vous plaira chasser aux conninsen ceste sorte (estant en liyver ou au prin-temps, car en autre saison ne se veut ainsi
laisser prendre, treuvantpar tout à man-ger) sans bruit vous-vous irés enfermerdans le cabinet, après ferés porter à man-ger aux connins, mettant la viande sousle panier, tant accumulée qu’on pourra ,à ce que le panier aie plus de prinse. Làferés assembler les connins en sifflant, oupar autre cri que leur aurés accoustumé,les voyant attrouppés mangeans affec-tionnément, lasclierés la corde, et le pa-nier cherra sur les connins, desquels ilen emprisonnera autant que par sa lar-geur en pourra comprendre. Est de be-soin , comme a esté dict, que le paniersoi t continuellement suspendu en son lieu,et que plusieurs repas se passent sansl’employer, pour accoustumer le bestailà le voir et ne craindre le danger. Aussiqu’en la garenne y aie plusieurs lieuxdestinés à leur donner à manger, et ainsimeublés : à ce qu’alternativement l’onchasse ès uns et ès autres, non continuel-lement en un seul endroit, pour rendreceste chasse plus utile, en n’effarouchantles connins , comme l’on feroit si on clias-soit souvent en mesme lieu. Se faut soi-gner de ne laisser escliapper aucun con-nin , de ceux qui une fois auront estéprins ; de peur que non seulement il nerevienne plus sous le trébuchet , ainsqu’il en destourne les autres.
Encores avec moins de peine par autrevoie, prend-on ce bestail-ci, en mesmeendroit. Au lieu du panier, dresse-onune grande cage, occupant presques toutle lieu , dans laquelle les connins s’em-prisonnent eux-mesmes : d’autant qu’elleest faicte comme nasses ou ratoires a pren-dre poissons et rats ; assavoir ayant destrous ès costés joignans la terre, proprespour donner entrée aux connins, et non
issue;
Autrement