DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE. 7 5
passer les limites de mon discours, qui netend qu’à mesnage : non de traicter encest endroit, des délices des princes etLion y iii, grands seigneurs , leur réservant ce ser-' Lip ‘ TII ‘ vice en autre discours (65).
CHAPITRE XIII.L’Estang, le Ecscher, le Vivier.
Pour l’estrange multiplication du pois-son , et le peu de despence requise à sonentretenement, sa nourriture est beau-coup prisée au mesnage. Les Anciens ontfaictbeaucoup d’estat de la commodité dupoisson : voire tant l’ont aimé, que plu-sieurs grands personnages se sont donnéles noms des poissons que plus ils ai-moient ; de là estans sorties les famillesdes Orates , Murenes , Liciniens , Ser-giens , ainsi qu’on le void ès livres del’antiquité : par telle curiosité engravanslà leur mémoire comme en table d’ai-rain , et la cruauté d’aucuns d’entr’eux ,qui exposoient aux poissons, pour viande,les corps morts de leurs esclaves, que pourpasse-temps , ils contraignoient de s’en-tre-tuer. La magnificence de Luculluspreuve aussi telle affection, faisant nour-rir des poissons dans des viviers de verre,suspendus pour plancher, ès salles , afind’avoir, en banquetant, le plaisir de con-u pohson tempier les poissons par le dessous. En
se garde au 1*^1 •
vivier 3 ces trois divers endroits le poisson se nour-rit , niais indifféremment ne s’y multi-plie-il : car au vivier, suivant l’étymologiede son nom , il ne faict que vivre, pour lapetitesse du lieu, inventé seulement pourtenir le poisson ; afin d’y en prendre à
toutes les fois qu’on en veut, à telle cause
dict aussi, reposoir et serve. Es estang et Mau u »
1 *1 • i • 1 • multiplie, en
pesclier , le poisson se multqme, toutes- 1 estang et aufois beaucoup mieux en ccslui-là , qu’en ? e!chcr 'cestui-ci, pour son estendue , ayant lepoisson en l’estang, moyen de se pourme-ner loin : liberté qu’il n’a au pesclier, quicommunément n’occupe grande place.
Aussi le vivier se convertit en pesclier etle pesclier en estang , amplifiant leurs li-mites. Et au contraire de l’estang se faictle pesclier , et du pesclier le vivier , lesresserrant à l’estroict.
L’estang donques , ne peut estre petit neau regard du pesclier : par quoi, sanscrainte de passer mesure , nous le pren-drons tant grand, que le terroir le per-mettra : dont aviendra commodité pa-reille à celle remarquée aux colombier etgarenne, que meilleur se rendra le grandestang en sa grandeur, que le petit en sapetitesse, et pour la qualité et pour laquantité du poisson. Attendu qu’en grandenceint, croist abondance de vivres pournourrir le poisson, qui avec la liberté dupourmenoir , se rend sain et agréable aumanger , et en nombre, s’accroist admi-rablement. De telle ample estendue deterre sort un autre revenu j selon la pra-tique de plusieurs provinces de France ,heureusement employans ce mesnage ;qui est par les blés provenans du fondsde l’estang, quand ajirès avoir servi quel-ques années en poisson, desséché, est ré-duit en labourage. Mais avec tant de rap-port , que la merveille est grande de voirl’abondance des beaux blés venans de là.
T elle fertilité est causée au fonds par l’eau,laquelle premièrement l’engraisse, parlelimon que naturellement elle laisse partout où elle séjourne : et après le contraint
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