DU THÉÂTRE D’ AGRICULTURE.
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Comment
faicte.
savoir perte de toute l’espérance de cemesnage. D’autant que la chaussée, poursa foiblesse , ne pouvant résister aux ra-vines des pluies, aucunes fois avec grandeviolence inopinément survenons, faictjour à l’estang, dont s’en vont de com-pagnie , et l’eau et le poisson là assem-blé de plusieurs années. Mais en bien fa-çonnant la chaussée au commencement etde bonne matière, eschevirés tels dan-gers , et de fort long temps ne serés con-traint d’en revenir au refaire. La seuleterre est la plus commune matière qu’onemployé en cest endroit, qui est de du-rée, selon qu’elle est argilleuse et maniée.La terre sablonneuse n’y vaut rien , ni lapierreuse non plus; par quoi, de néces-sité convient estre deschargée et de sableet de pierres, pour fermement retenirl’eau. Quant au maniement, ainsi l’on yprocède. Deux murailles de gazon, tailléen quartiers comme pierres, sont faictes ,en ligne paralelle, raisonnablement dis-tantes l’une de l’autre (et telle raisonprinse de la grandeur ou petitesse de l’es-tang , estant requis estre la chaussée del’un plus grande que celle de l’autre) dontl’entre - deux est rempli de terre argil-leuse, ou pour le meilleur, de pure ar-gille, qu’on y espard peu-à-peu esgale-ment par littées, en la pressant avec unbattoir pour l’affermir. Et à ce que cela sepuisse bien faire, l’on arrouse la terre pardessus à mesure qu’on l’employe: commede mesme , hausse-on petit-à-jietit, lesmurailles de gazon jusqu’à ce que la chaus-sée soit parfaicte. En talus façonne-onces murailles-ci, pour le naturel de la ma-tière qui ne souffre d’estre droictementbastie : car comme ès rempars des forte-resses , en cest endroit le gazon est em-
ployé ; assavoir en pente, l’herbe regar-dant en hors, afin de s’y affermir. Par cemoyen, demeure la chaussée beaucoupplus large au fondement en bas , qu’enson extrémité en haut, etpar conséquent,suffisamment forte pour retenir l’eau :pourveu qu’on la fonde de raisonnableespesseur, laquelle se règle par la capa-cité de l’estang , comme j’ai dict, et aussipar la pente du lieu. Néantmoins, pourpetit que soit l’estang et plate sa situa-tion, est nécessaire en sa plus petite es-pesseur , qui est le dessus, la chausséeestre capable à recevoir hommes et bestespour y passer à volonté sans y rien gas-ter, par là mesurant l’espesseur de sonfondement. Autres , au lieu de gazon,font les murailles de bonne maçonneriede pierre , à chaux et sable ; mais pourl’espargne , non guières espesses ; seule-ment chacune d’un couple de pieds, rem-plissant l’entre-deux de terre ou d’argille,comme dessus, jiestric et affermie. Enceste manière , la chaussée se rend bonneen perfection et de longue durée, pourretenir l’eau du tout bien , et résister auxviolences et de l’eau et du temps. Et sis’édifie-elle avec modérée despence, enpays auquel le bastiment n’est excessive-ment cher. D’autant que peu de terre suf-fit en faveur de la maçonnerie, à édifierune bonne chaussée, au prix du grandterrain, que de nécessité convient as-sembler, pour celle qui est avec le gazon.Aucun bois ne faut entre-mesler parmi lachaussée, de quelle façon qu’on la cons-truise; à cause de la pourriture à laquelleil est sujet, qui cause la ruine de l’œuvre;se trouant et persant la chaussée, à me-sure que le bois se pourrit, d’où l’eau etle poisson se perdent (66).