DU THÉÂTRE D’ AGRICULTURE.
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Quand etcomment lepesther.
l’eau, comme rozeaux cle diverses sortes,lys d’estang , joncs , nymphées , fleursd’eau et de toutes autres incommodans lepoisson en son pourmenoir , lui donnansmauvaise senteur et lui faisans sentir lelimon. Lesquelles plantes, arracliera-oncurieusement par le moyen d’un petit ba-teau, sur lequel l’on ira par tout l’es-tang : qui aussi servira à y pescher et s’ypourmener. De mesme affection, clias-sera-on aux bièvres, loutres, rats-d’eauet semblables bestes malignes , afin queles poissons restent en l’estang, sans en-nemis ; pour seuls s’y conserver exemptsd’importun voisinage. Les excrémens del’estang , comme poissillons d’infiniessortes, grenouilles, vermisseaux, et sem-blables bestioles , servent de nourritureau poisson, qui s’en paist avec des ra-cines et lierbes que le fonds produit na-turellement , dont le soin et la despencede donner à manger au poisson, sont d’au-tant descliargés. Pourlaquelle cause, estl’estang aussi recogneu pour la premièreliabilahon du poisson : ainsi n’estant dupesclier ne du vivier, ou de nécessité estrequis porter des vivres pour la nourritureordinaire du poisson.
Jusques au cinquiesme ou sixiesme an,l’estang va en accroissant; c’est à dire, lepoisson s’y augmente et maintient en bonestât. Mais de là en Hors, n’y f’aict quelanguir, d’autant qu’il ne treuve dansl’estang vivres à suffisance pour la nour-riture de l’innumérable nombre de pois-son, qui pendant ce temps-là , s’y est en-gendré : dont se mangeans les uns lesautres, finalement l’estang de lui-mesmese déserteroit, si on laissoit plus longue-ment les poissons ensemble. Voyant cesclioses, au bout de tel terme , l’estang estThéâtre d’Jgriculture , Tome II.
généralement pesclié, et d’icelui enlevétout le poisson quiy esttreuvé, qu’on vendaux marchands qui en font trafiq, aprèsen avoir gardé la provision de la maisonpour saler, et toute la menusaille pourpeupler le nouveau estang. La saison dela pesclie est à la fin du jirintemps et enlune nouvelle, le poisson estant alors enson meilleur poinct, et le temps encoresffès pour le saler. En vuidant l’eau parla bonde, cela se faict avec autant de plai-sir, voyant saulteller le poisson sur la terreaprès avoir perdu l’eau, que d’aisance làassemblé , le prendre à corbeillées. Demesme le fonds se dessèche, tenant labonde ouverte ; afin de le rendre propreau labourage. Et l’autre fonds, qui à sontour a porté des blés , pour estre remisen estang : selon que ce mesnage a estéreprésenté. Ceci est remarquable , queselon l’opinion de plusieurs, les oeufs dupoisson demeurent cachés dans terre ,sains et entiers, cinq ou six ans, qui estle temps que le fonds de l’estang dessé-ché, travaille à la production clés blés.Dont avient, qu’à rappoissonner de nou-veau l’estang, dont le fonds n’aura estéen labourage plus que le temps susdict,l’on ne se met en grande peine de lui re-donner nouvelle semence de poisson , lavieille y suffisant. Mais pour négotier as-seurément, employant aussi la commo-dité qui s’offre , l’on y pourra mettre dela menusaille de l’estang de nouveau pes-ché, pour tost cestui-ci, avoir son entièrefourniture.
Pendant ces
cinq
ou six années
que
l’estang est en nature , convient estre fortretenu à y prendre du poisson ; afin dene destourner le digne revenu cle cestenourriture. Car d’en tirer du poisson de
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