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CINQUIESME LIEU
Moyende peuplerl’ettang.
deux ans après l’avoir appoissonné, nondevant; afin de donner loisir au poissonde s’y fortifier et augmenter par généra-tion , pour se pouvoir garder des ravagesdu brochet. Lequel encore qu’il dévorequelques petits poissons ne désertera pour-tant l’estang , pour la grande multitudede poisson qui s’engendrera de là en hors.Et sera grande commodité , d’avoir pro-vision de cest exquis poisson, pour l’ac-coupler à la truite, et à la perche, lestrois plus désirables qui se nourrissent eueau douce.
Le temps pour peupler l’estang, est lemois de Mai, en laquelle saison, l’ontreuve abondance de toute sorte de pois-sons, ce bestail ayant esté en amour dèsle commencement du printemps. Desrivières et estangs les plus prochains devous, tirerés la fourniture pour vostre es-tang, de toutes races et espèces de nou-veau poisson : lequel ferés porter chésvous en extreme diligence ; afin que sainet sauf il se puisse rendre au lieu destiné :ce qu’on n’oseroit espérer, le faisant lon-guement séjourner en chemin. Par bat-teaux, par charrettes, et à doz de bestes,l’on charrie ce poisson : mais plus facile-ment par eau que par terre. Par laquellecause, estant contraint de le faire trans-porter à doz, faictes que ce soit par bestesde relais, que tiendrés en chemin , à ceque donnant la charge des unes aux autres,le poisson ne séjourne aucunement. Lepoisson sera enfermé dans des barrils avecde 1’ eau, pcrsés d’un costé ; tant pourdonner aer au poisson , que pour le ra-freschir de nouvelle eau en chemin, ayanttiré la vieille par le bas. Ainsi et saine-ment etvistement, se rendra la semencedu poisson dans l’estang , pour y fructi-
fier. Touchant la quantité , comme tropbien , ne trop tost ne pourriés appoisson-ner vostre estang ; aussi trop grand nom-bre de poissons n’y sçauriés-vous mettre aucommencement. Donques sans rétention,pourveoyés à l’ensemencement de l’estangavec toute libéralité : à l’imitation des co-lombiers et garennes, qui ne peuvent estresur-chargés de bestail en leur naissance.Et ceste grande provision, suppléera audéfaut des poissons, qui meurent par letracas du changement : par là évitant ledanger de voir l’estang mal appoissonnéde long temps, quand en telle action,l’on seroit allé escharcement.
Ce faict, autre chose n’est requise pourl’estang, que l’entretenement, qui con-siste principalement en ce poinct, que d’yconserver l’eau. Car comme elle est la viedu poisson ; aussi la laissant défaillir,c’est perdre et principal et accessoire ; enquoi gist plus de curiosité que de despence.L’eau y découlera continuellement sansinterruption, et si possible est, en grandeabondance : pour tant plus gaiement s’ynourrir le poisson, et lui faire supporterl’ennui de la servitude, que mieux il serapourveu de ce que plus il désire. Que lachaussée , levée ou escluze , bondes, etgrilles soyent profitablement entretenuesen leur entier, sans souffrir qu’aucunebresche s’y face , réparant toutes les ap-parences de ruine, et par là prévenantla perte de l’estang qui souventes - foisavientpar négligence. A quoi est remédiétrès-facilement, en sa saison et à bonconte , au prix de la despence qu’on estcontraint faire, quand après avoir partrop délayé, la force de l’eau y a taillébeaucoup d’ouvrage. Sera l’estang des-chargé des herbes et plantes sur-croissans
l’eau,
De
Ventretenir
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