DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE.
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ChatirerU pescher.
d’autres bestes , à mesure qu’on les re-couvrera. Aussi les pelures des fruictsqu’on prépare pour sécher , sont bonnesaux poissons , et meilleurs les fruicts imesmes, si la commodité veut qu’on leuren donne des bons. Ce seront pour lemoins ceux qui cliéent d’eux-mesmes desarbres, qu’on ne leur espargnera : nonplus que les figues demi-gastées par fautede temps propre à sécher; ne les cormes,qui leur agréent fort. Les glands concas-sés leur sont bons , le marc des raisins,et des fruicts, desquels l’on a expriméle jus pour boisson : et en somme, lespoissons mangeront tout ce que leur vou-drés donner. Pour plaisir , leur baille-on quelques-fois du pain, cela servantaussi à les faire assembler : à quoi ne fau-dront, si leur en jettant des pièces dansl’eau, l’on siffle ou sonne quelque clo-chette tout ensemble, s’attrouppans pourle venir prendre, comme j’ai clict des con-nins, tant toutes espèces d’animaux sesubmettent à l’ordre !
Voilà ce qui est requis pour loger etnourrir le poisson au pescher, où il s’en-geancera , engrossiraet engraissera très-bien ; avec fort petite despence au prixdu revenu. Car peu de temps après avoirmeublé le pescher , pourrés commencerd’en tirer quelque peu de poisson pourmanger : et passé un an , tant qu’il vousplaira, sans crainte de l’espuiser , s’y es-tant le poisson une fois accoustumé. Voires’y augmentera-il tellement, que chacunan , conviendra chastrerle pescher; c’estadiré, le descharger du poisson sur-abon-dant : afin que le restant au pescher semaintienne en bon poinct : autrementtout le poisson , de presse et famine , de-viendroit maigre et langoureux. Ce chas-
trement se faict en vuidant le pescher parla bonde au temps de la générale peschede l’estang , afin de prendre le poissonen son meilleur poinct, pour saler et faireservir à la provision de la maison. Maisavec ceste considération, que de n’en tirerindifféremment tous les gros poissons fains d’y en laisser pour manger frès dejour à autre.
Pour l’ordinaire pesche, l’on n’userad’autre artifice que de filés, hameçons ,nasses et semblables instrumens, selonl’usage des lieux , s’abstenant du tout desamorces , jiour n’en user d’aucune sorted’icelles , comme très-dommageables aupoisson. En vuidant l’eau du pescher ,l’on vient bien plus aisément à bout dececi, mais l’on ne se donne telle peinetant souvent qu’on a besoin de poisson ,par quoi l’une et l’autre pesche sera pra-tiquée, comme s’accordera le mieux. Età ce que les larrons ne puissent desroberle poisson avec des grands filés traver-sans le pescher , on plantera des longspieux en plusieurs endroits du pescher ,du fond d’icelui attaignans la superficiede l’eau , lesquels empesclieront l’usagedes filés , et ainsi se préservera le pois-son de telle tempeste.
Joignant le pescher on dresse le vivier,afin qu’avec moins d’altération le poissonse change et conserve, que moins de dif-férence se trouvera d’un lieu en autre ;tant pour le respect du fonds que de l’eau.En sa figure n’y a aucune sujection. Cequ’on y observera de nécessaire, sera del’exposer en plain soleil, pour la récréa-tion du poisson : et de le faire aisé à ou-vrir et fermer pour facilement le pouvoirvuider et remplir. Du pescher tire - onle poisson , pour le mettre reposer au
L a
La pescheordinaire cTi-celui.
Le vivier.