DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE.
tumé d’employer au recouvrement detoute autre engeance, pour l’utilité de cemesnage et le danger de tout gaster sanscela. Il y a des abeilles sauvaiges et fran-ches, c’est à dire, mauvaises et bonnes.Selon les Anciens s’en treuve de quatresortes differentes en corpulance , figure,couleur, moeurs. Les mauvaises sont lesplus grandes, les plus rondes, les plusnoires, et les plus difficiles à approcher ,tendantes à cruauté .Les bonnes, celles quile plus contrarient à telles qualités, estansen outre sur leur couleur claire et blonde,tachetées de noir et non velues (76).Par ces marques, le père-de-famille sechoisira la race de son ruscher, en acliep-tant des rusches ja remplies, pour les fairetransporter chés soi : à quoi sera besoinad-jouster ceste très-asseurée addresse,que de voir l’intérieur des rusches , pourjuger de la suffisance des mousclies , parleur ouvrage : ce que l’on faict aisément,ostant les couvercles par le dessus, et lesregardant aussi par le dessous, renversantd’un costé doucement les rusches , selonleurs diverses façons. Les mousches-à-miel ne souffrent le tracas que malaisé-ment ; c’est pourquoi les faut prendre leplus près de vous que pourrés, afin quemoins elles soyent importunes, que pluscourt sera le chemin. Joinct que le chan-gement d’aer et de terroir, les estonne,demeurans par-après moins fructueuses,que plus loin les aurés prinses. Pour cesraisons, les rusches avec les abeilles de-dans seront portées par des hommes ,non au col, ains avec un brancas. Deuxhommes à la main porteront aisémentdeux rusches, et doucement selon le désirdu bestail, pourveu qu’ils passent parbeau chemin , lequel , si possible est,
quoi-que plus long, tel conviendra tenir;afin de ne gaster par rude alleure , l’ou-vrage imbécille de ce bestail. La prime-vère est la vraie saison de ce transport,et la nuict, meilleure que le jour, pourcoïement et sans grande esmotion , rete-nir les mousclies. A quoi aussi servira lelinge , duquel chacune rusche sera enve-lopée en ce remuement, jusqu’à un couplede jours après les avoir rengées en l’apier.
Au bout desquels et sur le soir , le lingeosté , seront les abeilles desemprisonnéeset remises en liberté. Telle heure estchoisie, afin que pour l’approche de lanuict, les abeilles ne s’en-fuyent, ainspetit à petit s’accoustumans , oublientleur naturel repaire, pour se remettre entrain comme devant.
Aux rusches acheptées, nostre père-de- M« yen -.famille ad-joindra celles qui se treuve- rü .c/,«ront parmi ses forests , lesquelles sou- f oresuh ' a ’ventes-fois se rencontrent de la race desplus excellentes abeilles ; pour estre sor-ties des bons essoins en-fuis de l’apier. Decelles - là , fera faire soigneuse perquisi-tion , afin qu’aucune ne s’en perde : et ceen visitant souvent les endroits où il ima-ginera en pouvoir treuver, autres-fois yen ayant esté prins. Ceste addresse deColumelle est remarquable, pour sa sub-tilité. Les mcusches-à-miel vont ordinai-rement s’abbruver ès fontaines et ruis-seaux les plus prochains de leur retraicte,pour cachée qu’elle soit. Ayant apperceucela , par le nombre des mousclies qu’yverrés , jugerés de la distance de leur re-paire; tant plus petite estant elle, queplus grande sera l’assemblée des abeilles,et au contraire. Mais pour en estre mieuxasseuré, marquerés sur le doz les abeillesqui viendront à l’eau, et ce avec des
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Columelle,liv. 9 , ch. il.