1
DU THEATRE D’AGRICULTURE.
107
CHAPITRE XV.
La cueillète de la Soye, par la nour-riture des Vers qui la font.
Si le ver-à-soye eust esté cognea desanciens autheurs d’agriculture , l’on 11efaict double que la louange de tant richeanimal n’eust esté chantée par eux, ainsiqu’ils ont f’aict celle des mousclies-à-miel :mais à tel défaut, il est demeuré sansnom plusieurs siècles. Virgile discourtcomme en passant, de la riche toison queproduisent les forests d’Ethiopie et desSeres, sans faire mention de sa qualité nidu moyen de la recueillir. Voici ses mots,
Qu ici nemora Æthiopum molli canentia land ;JTelleraque ut foliis depectant tenuia Seres.
Dont aucuns, comme Solin et Servius ,ont estimé ce estre la soye, et icelle pro-Premiercs céder directement des arbres. Tela esté le<1 premier avis de la soye donné en Italie ,qui fut du règne de l’empereur OclavianAuguste j confirmé par T line plus de sep-tante ans après (car il vivoit au temps deVespasian ). Il y ad-joustoit qu’en l’isle deCoos, croissoient des cyprès, térébintes,fresnes et cliesnes, des fueilles desquelsarbres, cheutes à terre de maturité, parl’humidité d’icelle, naissoient des versproduisans la soye. Qu’en Assyrie le ver-à-soye, animal du genre des insectes, ap-pellé des Grecs et Latins , bombyx (94) >faict son nid avec de la terre, qu’il attachecontre les pierres, où il l’endurcit très-fort, s’y conservant toute l’année. Qu’àla mode des araignes, il faict des toiles.Dict aussi, avec Aristote , qu’en l’isle de
Virgile ,
Géorg. II.
Coos, Pamphila , fille de Latoiis, a estél’inventrice de filer et tistre la soye. Parlesquels envelopés discours, accomparésa la pratique de ce temps , appert com-bien loin estaient les Anciens de la vraiedes vers-
cognoissance
O
-a-
soye,n ayanssceu d’où ils procèdent, ni de quoi ils sontnourris j ainsi que par leur silence ils tes-moignent, se taisans , de leur graine ,et des fueilles des meuriers pour leurnourriture. Vopiscits tesmoigne , que dutemps de l’empereur Aurelian (deux censans après Vespasian et davantage ) lasoye sc vendoit au poids de l’or, pour la-quelle cherté , mais principalement pourla modestie, ce prince-là, ne voulut jamaisjiorter robe toute de soye, ains meslingéeavec autre matière : bien-que Héliogabale son devancier n’eust esté si retenu, commedict Lampridius . Semblable modestie seremarque du roi Henri second , n’ayantjamais voulu porter bas de soye, en-cores que de son temps l’usage en fust jareceu en France . Plusieurs autres en di-vers temps , ont aussi parlé de la soye,comme Solin, Marcellin, et Servius quinomme le ver-à-soye , zir, d’où vient lemot latin, sericum, c’est à dire, soye,selon le tesmoignage de Pausanias , ensa description de la Grèce. Martial faictaussi mention de la soye par ces vers,
Nec vciga tam tenui discursat aranea telâ,
Tam leve nec bombyx pendulus urget opus.
Et de l’ouvrage des vers-à-soye, Properce dict,
Nec si qua Arabio lucet bombyee puella.
Ulpian , jurisconsulte antique, parle dela soye au titre de auro et argento le-gato , l. Vestis y en ceste sorte : Vcsti-mentorum sunt omnia lanea , Uneaquevcl serica bombyeina , etc.
O 2