DU THEATRE D’ AGRICULTURE.
1 77
Page ?..talonne .ligne 24 ,
laisser à la dinde la faculté de pondre plus d’œufs,j’ai essayé de le faire servir, comme les chapons,à la couvaison : les expériences suivies que j’aifaites, m’ont bien prouvé que, quand on l’avoitcontraint par tous les stratagèmes connus à rem-plir cette fonction , il s’en acquittoit de manièreà mériter d’ètre comparé, pour l’assiduité à resterconstamment sur les œufs, à la véritable mèrecouveuse; mais lorsque les poussins paroissent,leurs cris, leurs mouvemens l’effrayent, il lestue , ou les abandonne sans rémission. (P.)
, ( 34 ) L’état de foiblesse du premier âge des
' poussins dindes se prolonge l’espace de deuxmois , c’est-à-dire jusqu’à ce que les inamine-lons dont leur tète et leur cou sont revêtus, secolorent en rouge plus ou moins foncé. Cetteépoque remarquable dans l’histoire naturelledu dindon, est réellement pour lui une époquecritique : les périls dont il est environné pendantsa débile jeunesse, s’affoiblissent, et il perdle nom de poussin , pour prendre celui de din-donneau. La Nature , en colorant ces mamme-lons, semble annoncer que cet oiseau 11’a plusbesoin des soins multipliés qui lui ont été jjro-digués ; mais , pour favoriser cette éruption ,il faut encore continuer les mêmes soins, aug-menter la nourriture, et la rendre plus tonique ,en y ajoutant quelques jaunes d’œufs , du vinavec du pain émietté , de la farine de froment,du chenevis écrasé, etc. : ce 11’est qu’alors qu’ondoitle regarder comme véritablement acclimaté.Les dindonneaux vont ensuite aux champs avecleurs mères , qui ne tardent pas à s’occuperd’une nouvelle ponte ; ils se mêlent, sans diffi-culté et sans danger, avec les dindons des an-nées précédentes. Ils logent en plein air , sur lesarbres, ou sur le juchoir qui leur est destiné : ilspeuvent, jusqu’au mois d’Octobre (Brumaire),être conduits dans les guérets , les prairies etles vignes , après la moisson, la fauchaison et lavendange; au bois, après la chute du gland et dela faine ; enfin, dans tous les lieux où il y a desfruits sauvages , des insectes et des grains à ra-masser ; mais il faut sur-tout les éloigner desvignes lorsque le raisin est mûr, car la grêlen’exerce pas plus de ravages. Ils rentrent le soirà la ferme, bien gorgés de tout ce qu’ils ont
Théâtre d’Agricullure, Tome II.
mangé , d’insectes dont ils ont délivré leschamps , des grains qui ont échappé à la maindu glaneur, et d’une quantité de subsistancesqui seroient, sans cet emploi , absolument per-dues pour le propriétaire.
Une fille de douze à quinze ans, peut facile-ment conduire une centaine de dindonneaux ;mais il faut lui recommander de ne pas oublierque, n’ayant pas encore acquis le plus haut pointde leur croissance , ils seroient fatigués par descourses trop longues.
Aucune nourriture ne leur donne une chairplus blanche ni plus délicate que le pain decreton ou marc de suif ï on en fait bouillir plusou moins , suivant la quantité d’individus ànourrir ; quand ce creton est bien divise , on ledélaye dans une chaudière, on y mêle desplantes, et sur-tout l’ortie hachée, des racinespotagères ; le tout étant bien cuit, on y ajoutede la farine d’orge ou de mays , dont on formeune espèce de pâtée , qu’on distribue aux din-donneaux deux fois par jour au moins , lematin et à une heure , quand on veut qu’ils de-viennent gras. Mais comme on ne peut se pro-curer du pain de creton par-tout, les tourteauxou marcs d’huile de noix , de lin ou d’amandesdouces , le suppléent : il faut éviter soigneu-sement de les engraisser avec cette nourri-ture, car leur chair s’en ressentiioit. On nedoit pas moins éviter les gâteaux ou tourteauxprovenant des amandes amères , ils sont unvéritable poison, non seulement pour les din-donneaux , mais pour toutes les autres espècesd’oiseaux domestiques.
Indépendamment de l’ortie grièche et du per-sil , toutes les plantes auxquelles on reconnoîtune propriété tonique et stomachique convien-nent singulièrement bien aux dindons de tousles âges : le fenouil, la chicorée sauvage, lamillefeuille, peuvent entrer dans la composi-tion de leur nourriture. Un soleil ardent estfuneste à ces oiseaux autant que la pluie ; aussiles dindonniers intelligens ont-ils soin de neconduire leurs jeunes troupeaux au jAturageque pendant les heures du jour les plus tempé-rées , savoir , le matin après que la rosée estdissipée , depuis huit heures jusqu’à dix ; et lesoir avant qu’elle paroisse , depuis quatre jus-
Z