2.5 8
SIXIESME LIEU
Chap. xxvi.
La ren-du i et « desmelons enpays tem-péré.
désiré, quand avec l’odorement, la queuefait semblant de se séparer du corps dufruict, en la pressant avec les doigts. Sipar nécessité cueillés des melons devantce terme-là, laissés-leur la queue asséslongue, et après serrés-les en lieu chaud,ou exposés-les au soleil, où ils s’achève-ront de meurir , ce qui ne pourra servirqu’un couple de jours , encores ce serad’une meurté contrainte, qui leur rava-lera beaucoup de leur bonté. Parle con-traire , les arresterés de se trop faire oumeurir, en leur couppant la queue rés duIruict ; ou pour le mieux , en leur don-nant une taillade au ventre ; car par tellesouvertures, et les séjournant en lieu frès,les gardés de passer outre. Ainsi sontgouvernés les melons en pays du toutleur agréant.
Mais avec plus de mystère les eslève-on, où les froidures s’opposent à ce mes-nage : car c’est par fumiers et couverturesqu’on y exempte de péril ces précieuxfruicts, voire en y ad-joustant la chaleurdu feu pour en eschauffer l’aer. Par de-grés l’on employera tels moyens. Lesfumiers et les couvertures, ès endroits,quoi-que tempérés, s’escartans tant soitpeu des méridionaux : et ès du tout sep-tentrionaux, avec ces choses, se servira-on du feu, comme sera représenté audiscours des orangers. Entrois distingue-rons-nous donques les lieux à melon -, enchaud , en tempéré , en froid. Pour lepremier , il a esté discouru, restent lesautres. En pajs tempéré, toutes-fois,importuné aucunement de froidures, unlieu sera choisi exposé au soleil, auqueleslevera-on une grande couche de pur etrécent fumier, et sur icelui deux ou troisdoigts de bonne et légère terre seront
escartés pour y faire naistre la graine demelon. Le fumier de cheval pour sagrande chaleur, est employé en cest en-droit, à ce choisi par dessus tout autre.La hauteur de la couche appellée , cou-voir, montera jusqu’à deux ou trois piedssur terre: en longueur et largeur, s’es-tendra à volonté ayant esgard à la quan-tité de graine qu’on y voudra fairenaistre.La couche sera au-devant d’une muraillesans la joindre , de peur des bestioless’y nourrissans, nuisantes aux grainesde melon, estant à l’abri de la bize re-gardant le midi : et au défaut de tellecommodité , y dressera - on un rempartavec des aix de charpenterie , ou avecdes claies tissues de paille qu’on affer-mira moyennant des bons paux fichésdans terre : et non seulement de ce costé-là, sera fermé le couvoir , ains des autrestrois, avec telle condition, néantmoins ,qu’on les puisse ouvrir et fermer aisémentpour donner entrée au soleil aux bonnesheures du jour, et en repousser les froi-dures. De mesme matière sera couvertela couche, afin d’engarder les gelées d’ytumber : et pareillement à volonté, eten pourra-on hausser et baisser la cou-verture , à l’utilité des tendres jettons demelon, qui, par ce moyen , recevansopportunément l’aer et le soleii, s’en ad-vanceront mieux, qu’estans tous-joursenfermés. Au couvoir, en telle manièredressé et accommodé, sera semée la grainede melon, sèche ou humide, comme 1 onvoudra , au poinct de la lune , autantespessement et profondément dans terre,que ci-devant a esté marqué. Dans six ousept jours de l’ensemencement, lèverontde terre vos graines : et dans douze ouquinze autres suivans, les jettons en pro-