DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE.
271
/
il employé en climat septentrional, à l’em-bellissement des jardins, mesme à causede sa grande durée, vivant fort longue-ment sans beaucoup de culture , dont lesouvrages s’en rendent comme perpétuels,et tous-jours magnifiques. Les bancs dujardin de Gaillon preuvent ces choses :aussi en plusieurs autres beaux jardins dela France se voyent avoir duré longuesannées des beaux ouvrages façonnés debouis : comme sièges , bancs, bastimens,pyramides , colomnes, hommes , bestes ,que de telle matière , tant elle est ploya-ble , l’habile jardinier contrefaict, aucontentement de la veue. Ne défaut aubouis, que la bonne senteur , pour lerendre du tout bien qualifié ; au lieu de la-quelle , l’ayant forte, importune, et malplaisante , causant mal de teste, est-il re-jette d’aucuns sans le vouloir eslever aujardin.
Où lieront Parmi les pierres, déserts et terroirs de
a ' uL peu de valeur, sans artifice croist le bouisen plusieurs endroits de ce royaume,mesme en merveille use grandeur, commegrosses poultres, en certains endroits deNormandie et Picardie, qu’on transporteà Paris pour faire des peignes et autreschoses. Au pays deVivaretz aussi, maisnon guières hautement, et avec telle pro-priété , que son fonds se méliore telle-ment par la clieute de scs fueilles, s’ypourrissans à la longue, qu’il en demeurepropre à porter beaux blés, quand des-chargé de tels arbustes , bruslés sur lelieu, l’on le réduict en labourage. En-graissent aussi les jettons de bouis prinsen la cime des branches, toute sorte d’ar-bres fruictiers, et spécialement les oli-viers, estansmis auprès des arbres,iceuxau préallable deschaussés un pied dans
terre et d’icelle recouverts. Carpar le longtemps que le bouis, pour sa durté, metà se consumer dans terre , tient la terrecrave et eslevée au grand profit des ra-cines des arbres : qui ayans par ce moyen,libre passage, s’allongent à volonté , eten sont humectées par la naturelle fres-cheur de la matière. Tel engraissementres-jouit, en outre , les vignes , et parsur toutes , les musquates , dont elles serendent très-fertiles, comme a esté veu.
C’est toute l’utilité de la fueille quecela, estant au reste immangeable, gé-neralement les bestes abhorrans son ex-trême amertume et durté. Mais du boisn est de mesme , car il s’en façonne plu-sieurs beaux ouvrages mesmement de laracine, de laquelle grande trafiq est Trafiq eîefaicte en Vivaretz par les marchands Ale- tlX "* *inans , lesquels de là, preste à mettre enoeuvre, la font transporter en leur jiays.
L’on arrache la plante du bouis, et aprèsavoir couppé toutes les branches, la ra-cine est laissée tant grande qu’il est pos-sible (pour le naturel de la chose , nepouvant communément excéder les deuxpoingts d’un homme robuste, joincts en-semble), après est esquarrie ou arrondiecomme pierre de taille, selon que mieuxs’accorde : finalement est bouillie dansl’eau claire en grand chauderon, jiour larendre propre à ouvrer, préparation ac-comparable au rouir ou naiser des chan-vres et lins, à ceci nécessaire, pour rendrela racine solide et lui confirmer la beautéde sa blonde couleur et bigearre madreure.
Ainsi préparée la racine du bouis , estappellée, broute , employée en excel-lentes menuiseries , de marqueterie , demanches de Cousteau, de cueillers , depeignes, et à autres diverses besongnes