278
SIXIESME LIEU
Aulonier .
Houblon .
tera la lune estant vieille. Etbien-que delui -mesme vienne ès lorests agrestes , siest-ce qu’aprivoisé au jardin par bonneculture, manifeste et en bois et en fruict,combien il se jdaist d’estre bien cultivéet caressé (70).
L’aulonier symbolise avec le framboi-sier,par estre arbrisseau portant fruict res-semblant aux framboises et fraizes, maisplus gros qu’aucunes d’elles. Il se plantepar rejettons enracinés , ès deux saisons,de l’automne et du printemps , et s’en-tretient avec modéré labeur, comme aussivient bien en terre de passable bonté (71).
Aucune plante 11’y a-il au jardin plusaisée à s’engeancer et à se maintenir, quele houblon, lequel tiré des bayes et buis-sons ( où il croist sans artifice ) par jettonsenracinés, se reprend très-facilement entoute terre. Aussi par semence vient-ilaisément, dont toutes-fois l’on s’abstien-dra ayant commodité de plant, pour ad-vancement d’oeuvre. L’automne en estla vraie saison , beaucoup plus propreque le printemps , par estre le houblonfort primerain à pousser : ce qu’il faictdès incontinent les froidures de l’Jiyverestre passées. Sa facilité à hautementgrimper , le rend propre ès couverturesdes berceaux et cabinets , où par estreflexible et assés abondant en fueillage ,est sa droicte application. Du houblon,outre le plaisir de la rameure pour om-brage , tire-on ce profit, que d’en man-ger , en la primevère, les tendres cimesdes jettons en divers appareils. Sa fleuret sa semence sont aussi utiles à la bière :pour laquelle cause , ès pays où telle ar-tificielle boisson est en usage , au défautde la vigne , avec soin , est le houbloneslevé et entretenu.
En palissades et pour accompaignerles costés des cabinets et berceaux s’em-ployera le chèvrefueil, où il sera bien-séant , à cause de sa bonne senteur etbeauté de ses fleurs , plaisantes à voir :estant en outre , salutaire en diversesapplications de médecine. L’on se pour-veoit de chèvrefueil , et par racines etpar bouteures, les mettant en terre àl’issue de l’hyver. Et avec fort petit la-bourage il s’entretient, dont peu de peinedonne-il à en ther service (72).
Les pommes d’amour , de merveille ,et dorées , demandent commun terroiret traictement, comme aussi communé-ment servent-elles à couvrir cabinets ettonnelles, grimpans gaiement par dessus,s’agrafans fermement aux appuis. Ladiversité de leur fueillage , rend le lieuauquel l’on les assemble, fort plaisant :et de bonne grâce, les gentils fruicts queces plantes produisent, pendans parmileur rameure. A l’issue de l’hyver lesgraines en sont semées, seul moyen des’engeancer de ces plaisans arbustes, dontla délicatesse ne souffre les rudes froi-dures : pour laquelle cause, ne duient-ilsqu’une saison, se mourans , comme lesmelons et concombres, à l’apjxroche del’hyver. Leurs fruicts ne sont bons à man-ger : seulement sont-ils utiles en la méde-cine, et plaisans à manier et flairer (73).
La campanula, ainsi dicte en italien ,et volubilis major, en latin , serviratrès-bien en cest endroit, couvrant lescabinets , où elle grimpera hautement,s’entortillant ès bois et perches que luibaillerés pour appui. Elle croist duranttrois mois continuels , florit tous lesjours, chacun produisant abondance defleurs nouvelles , de couleur bleue, de la
Clùvrefutil.
Pommad’amour , demerveille, etdorèet.