DU THEATRE D’AGRICULTURE.
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guières plus hautement, que de quatre àcinq pieds. Outre le reng honorable quele fènoil tient ici, ceste commodité ensort, que sa graine est bonne en plusieursviandes et médecines} et sa fueille ensalade exquise, quand estant blanchieelle est tondue encores tendre. Le moyende la blanchir, est, qu’estant l’herbe dufenoil nouvellement sortie de terre, de lasemence qu’au-paravant y aurés jettée ,et attaintla hauteur de quatre doigts, seracouverte avec des pailles , lueillars , ouautres drogueries , sous lesquelles cou-vertures, à faute d’aer , l’herbe se blan-chira , comme endivies : lors couppée ,se remettra à produire nouvelle herbefournissant des salades durant l’esté , enrecouvrant de jour à autre ce qu’en coup-perés. U ne espèce de fenoil nous est venuede Barbarie , qui excède de beaucoup lamesure susdicte , car il s’allonge jusquesà quatorze et quinze pieds : et ce qui aug-mente la merveille , est la grosseur et lalégèreté de son tige, l’ayant gros commele bras d’un homme robuste , ne poisantque très-pieu : dont est rendu propre àfaire bastons pour l’appui des boiteux.C’est le fenoil sauvaige àePline, commeon le recueille de son discours (87).
Anis. Il y a grande affinité entre le fènoil etl’anis , pour leur commun service : aussidésirent-ils commun traictement. L’anisdonques sera semé en mesme temps, poinctde lune , et terre, que le fenoil. Mais par-le surpasser en délicatesse, plus curieu-sement que lui sera-il cultivé.
Coriandre . Ce n’est la bonne odeur de la fueilledu coriandre , qui le faict loger au jardinbouquetier : mais le respect de ses graines,utiles à plusieurs services. Car touchantses fueilles, frottées entre les mains, puent
Palma -ChriuL
comme punaises , chose donnant lustre àla bonne senteur des autres herbes. Ilest semé et gouverné comme l’anis, des-quels , ensemble du fenoil, tire-on lesgraines en leur parfaicte maturité, ainsicommuniquans leurs services.
S’édifie facilement par graine , la se-mant en la nouvelle lune du mois deMarsou d’Avril. Il aime terre bien labourée ,desliée, plus légère que poisante. Tientreng honorable au jardin,ses fleurs bleuesestans de plaisant aspect. Le palma-cliristise perpétue au lieu où une fois l’auréssemé , par sa graine qu’il y laisse : dontcroissent plusieurs nouvelles plantes ,propres à estre remuées ailleurs.
Ceste plante désire bonne terre : se Mandr.t-plaist à l’ombrage , et en lieu chaud, g °' rc 'couvert de la froidure. Tel nous le luichoisirons , y semant la graine au moisde Mars ou d’Avril. La mandragorre estbien-séante au jardin, pour la beauté deson ramage et de ses belles pommes, nonpour sa senteur qui 11’est guières agréa-ble. Il y a masle et femelle , ce qu’on rc-cognoist à la diversité de leur fueillage ,et des pommes , le masle les portant plusgrosses et plus hautes en couleur que lafemelle (88).
Ce sont les principales herbes du par-terre, desquelles sont faictesles borduresdes quarreaux et compartimens du jardin,qu’on pouri'a accompaigner d’autres à cejugées propres, bien-que l’usage ne lesaie encores authorisées. Mais comme l’onfaict tou s-jour s quelque chose de nouveau,telle curiosité ne pourroit estre que conve-nablement employée en cest endroit, oùaucune nouvelleté n’est suspecte : commeau contraire, toutes sont dangereuses demettre en oeuvre, au reste de nostre agri-