DU THEATRE D’AGRICULTURE.
207
que notoirement ils s’augmentent engrandeur de fleurs , à mesure du trai-tement, et deschéent par négligence.C’est pourquoi convient les amignarderpar engraissemens, dont le meilleur poureux, est le fumier qui s’engendre de lapourriture du bois de saule, qu’on treuvedans les creux des arbres défàillans parvieillesse, que curieusement l’on recer-cliera, pour avoir des oeillets, gros etodorans. Veulent estre arrousés , maismodérément : le peu et le trop d’eauleur estans préjudiciables, l’un en l’ac-croist, l’autre , en l’odorement. Crai-gnent le froid excessif, duquel estanspréservés , en kyver mesme les fera-onflorir plusieurs fois. A telle cause tient-onles girofliers dans les quaisses,qu’on trans-porte de lieu en autre , cerckant les so-leils et les abris , selon les saisons. A lagrandeur des fleurs sert aussi et est fortconvenable ce troisiesme moyen , que dedescliarger la plante des fleurons super-flus, avant qu’estre espanouis : ainsi ceuxqui restent, se rendent tant plus rempliset odorans , que moins à nourrir l’on enaura laissé au tige.
Se voyent plusieurs espèces d’oeilletsou giroflées. Les principales sont lesblancs , rouges, et meslingés, tenansceux - ci des deux précédentes couleursbigearrement dispersées, chose qui leurdonne grande gaieté. Aucuns appellentde Provence , ces trois sortes-ci d’oeillets ,pour l’abondance qui en croist en icelleprovince : les autres et plus petits, estansdictsdeRozete. Quant aux oeillets d’Inde,appellés aussi de Turquie , l’on ne lestient au jardin que pour la couleur , quiest belle, ressemblant au velours orangé:mais tant plus laide en est la senteur,
puante, et qui pis est mal saine, causantle haut mal, mal de teste , très-dange-reuse en temps de peste comme veni-meuse : par le tesmoignage de l\I. Lie-haut en sa Maison, rustique (89). Pourlesquelles mauvaises qualités , ne lui seradonnée place en nostre jardin , ains sansavoir esgard à sa beauté, la race ensera bannie.
Pour meslinger et changer les oeillets ,l’on les ente en escusson; en fente aussi •,en ceste façon , très-rarement : et enquelque manière que ce soit, est néces-saire d’y apporter de la curiosité, pourla foiblesse de la plante. Moyennantlequel ordre , recouvre - on des oeilletsverts , insérant sur des lauriers des jet-tons d’oeillets blancs : des bleus, sur desbuglosses , ou sur des troncs de cichorée,faisant l’enture un peu dans terre. Plusfacilement néantmoins que par enter lesmeslinge-on, par l’assemblage de plu-sieurs jettons de divei’scs espèces joinctset plantés ensemble, comme j’ai dict desvignes et des roziers. J’estime que de telartifice, sont sortis les œillets meslingésqu’à Paris Ton appelle de Rozete , et enProvence et Languedoc , piquassats te-nans du rouge et du blanc, ces deux cou-leurs y estans distinctement exprimées.Les œillets de poète sont petits, de cou-leur incarnate, ayans un peu de blanc aumilieu. En la campagne Ireuve-on despetits œillets sauvaiges, blancs et rouges,qui tiennent beaucoup de bonne senteur,en laquelle ils augmentent et encores plusen grandeur et beauté , estans trans-plantés et cultivés au jardin (90).
L’on treuve plus grand nombre de vio-liers de diverses couleurs, que d’autresfleurs qu’on aie aprivoisées : y en ayant de
Violien.