SIXIESME LIEU
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Lianes, de rouges, de violets , de jaunes,de vineux. Leur reprinse est très-aisée enquelque part qu’on en sème la graine ,tant peu délicate est ceste plante : voirese plaist-elle contre les murailles ès vieillesmazures , où s’estant une fois attachée,difficilement l’en peut-on desengeancer.En lune nouvelle du mois d’Octobre oude Novembre, est le poinct d’en espardrela graine en terre , et d’en transplanterles jettons pour petits qu’ils soyent ,pourveu qu’on les puisse manier, si tou-tes-fois transplanter on les veut 5 chosenon nécessaire , car sans se donner tellepeine , ne laissent de vous satisfaire. Lelieu sec agrée mieux aux violiers , quel’humide, ne se soucians de l’arrouse-ment qu’en l’extreme sécheresse. Pro-fitent à estre beschés, bien-que très-aisé-ment souffrent la négligence du jardi-nier. Durent trois eu quatre années enbeauté, non guières plus ; passées les-quelles , s’abastardissent, s’endurcissansleurs racines , tiges , et brancheages ,comme dégénérans en arbrisseaux. Lesvioliers sontles plantes quid’elles-mesmessans artifice florissent les premiers auprintemps , bien-que le climat soit assésfroid. Mais estans en lieu tempéré ten-dant à la chaleur, assis en abri de la bize,dès l’hyver donnent le plaisir de leursfleurs, lesquelles ils gardent fort longue-ment , pourveu qu’on les destourne degrainer, leur tondant souvent la cime desjettons (91).
Mugueu. C’est une espèce de violier que les mu-guets , désirables en ce, qu’estans beauxà voir pour leur parfaicte blancheur, ilssont aussi de très-bonne senteur, la ren-dans très-suave et douce , mais foible. Ilse treuve de deux sortes de muguets , de
grands et de petits. Se sèment et trans-plantent comme les violiers , requéransmesme terre et traictement (92).
Les violetes produisent leurs fleurs Violetesbien tost après que les premières des vio-liers ont paru. Ce qu’on les appelle deMars, vient de la France , où devant cemois-là n’en void-on que bien peu : maisen Languedoc et autres lieux méridio-naux , communément lors elles ont passéleur force, commenceans de jetter leursfleurs , dès le mois de Janvier. Elles vien-nent naturellement en lieux incultes ex-posés au soleil, et à l’ombre aussi : entelle sorte, toutes-fois qu’ès plus escliauf-f és, monstrent plustost leurs fleurs, qu’èsautres : observation requise afin d’en lo-ger au jardin , et en l’un et en l’autre en-droit , pour en avoir longuement. Onsème et transplante les violetiers, maisavec moins de peine s’en pourveoid-onpar plant enraciné, que par graine. Prèsdesliayes treuvera-on abondance de plant,qu’on mettra en terre en l’automne ou auprintemps, selon que mieux s’accordera,et en divers endroits du jardin, soleilléset ombreux, afin qu’on aie longuementde ces fleurs. De plusieurs couleurs devioletes y a-il, de blanche, de jaune , devineuse , et de violete , ceste-ci, commela plus odorante et meilleure, donnantnom aux autres , estans au reste , toutesde mesme figure en fleurs et fueilles. Parle meslinge de leurs graines sortent desvioletes de diverses couleurs : aussi parla communication de leurs jettons, lesestordant au planter , ainsi les faisantensemble reprendre, selon l’ordre ja re-présenté. La culture exquise leur engros-sit la fleur, mais leur diminue la senteur.
Sur le matin devant que le soleil aie es-
chaulfé