DU THEATRE D’AGRICULTURE.
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Fraiz<-:
l’autre. D’autres couleurs que de blanchey a-il des lys, venans d’eux-mesmes sansartifice, comme des l’ouges et violets,aucunement dissemblables en figure auxfrancs. De colorer j’ar artifice les lys,F line l’a voulu enseigner, mais avec tantpeu de vérisimilitude , qu’il vaut mieuxlaisser là l’invention , que d’essayer des’en servir, pour la foible espérance qu’ily a d’en tirer plaisir (100).
Bien-que ce discours 11e contienne quefleurs pour l'ornement du parterre , si nesera-il mal à propos , pourtant, de logeren ce reng , les fraizes : lesquelles don-nans et de l’iierbe verdoyante plusieursannées , et des belles fleurs blanchesbonne partie de la primevère, avec rai-son pourront-elles tenir honorable rengen cest endroit. Car les vuides du par-terre comme quarrés, ronds , triangles ,pentagones et semblables parties descompartimcns , cstans remplis de fraizes,s’en représenteront plaisans à la veue ,pour le naturel de leur herbe , se tenanttous-jours bassement, rempant à terre ,et souffrant d’estre ageancée par retail-leures , ainsi qu’011 désire. Et ceci est deplus , seule suffisante cause de les esle-ver, que le fruict qu’en abondance ellesproduisent, bon , salutaire , plaisant ;primerain, avant-coureur de tout autre,rend la plante recommendabie. De plantenraciné l’on se pourveoid de fraizes, nonde semence, pour sa foiblesse. Mais ceplant-ci est tant aisé à reprendre, qu’iln’en faut, que des menus jetions ayansquelques filamens subtils , pour s’en en-geancer. Souffrent tout aer , bien-quefroid , aussi l’ombrage. C’est pourquoinaturellement sans culture , viennent-elles par les forests agrestes , parmi la
touffe des arbres. Toutes-fois , elles s’en-grossissent à mesure du traictement :dont avient que , pour avoir des grossesfraizes, convient les transplanter au jar-din en lieu soleillant, et là les bien traic-ter par sarcler, sans souffrir les malignesherbes les importuner, et en la séche-resse les arrouser : à laquelle curiositéintervenant l’exquis choix de la race , cesera pour avoir des fraizes du tout agréa-bles. ( ieci aussi est observable, qu’estansles fraizes en pays leur agréant, gaignansterre, elles rempent au détriment du voi-sinage qu’elles couvrent et oppriment deleur ramage. Pour auquel mal obvier,est nécessaire terminer leurs limites,couppant des jettons ce qui s’esgarerahors d’iceux , sans leur permettre passerplus outre : ainsi l’on les contraindra àdemeurer dans leur logis, sans nuisance.Mais pour avoir des fraizes plus grosseset en plus d’abondance que le commun ,les fraiziers en seront conduicts d’un par-ticulier traictement : c’est, en ne leurpermettant de grimper à terre , ains lescontraignant à s’eslever en haut, se fa-çonnans comme en petits arbrisseaux.Cela se faict en leur couppant de jour àautre, avec l’ongle, les jettons voulansgrimper à terre, selon leur naturel. Pourlaquelle cause, les plantes seront mises àterre par séparations distinctes ( non con-fusément) , c’es t assavoir, de demi en demi-pied de distance l’une de l’autre, par ren-gées. Dont la terre ajnès cultivée, rap-portera des fraizes excédans en grandeur,bonté, et abondance, les communes. Eten telles qualités se rendront presquesadmirables, si la race d’elle-mesme en estbonne : veu que jiar tel traictement, lesdu tout sauvaiges s’affranchissent (101).
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