S I X I E S M E LIEU
et entretenir les vieilles. De mesme enest-il du jardin médecinal, où le plaisirn’est petit, d’y voir infinité de plantesde diverses sortes et propriétés , qu’oneslève et entretient avec continuelle soli-citude. Mais comme le bouquetier a pourpremier but, le plaisir 5 le médecinal viseprincipalement au profit et à la nécessité,pour le soulagement de nos infirmités.Néantmoins, ont-ils de commun ces deuxjardins-ci, et le plaisir et le profit : dontla maison se treuvera de tant mieux ac-commodée , qu’avec plus d’affectionnéecuriosité , l’on s’employera à ce plaisantmesnage (114)*
CHAPITRE XIV.
Le Jardin Médecinal et son Ordon-nance.
Entre les beautés du mesnage , lesplantes et lierbes médecinales paroissent,tenans honorable reng au jardin ; à l’hon-neur du noble père-de-famille, qui ad-jouste au vivre des hommes , le moyende les maintenir en santé et délivrer demaladie. Telle vertueuse affection , estprofitable au publiq , d’autant que paricelle, nous sont domestiquées des sim-ples et herbes estrangères , rares et ex-quises , de grande utilité et service , in-coçneues à nos Ancestres . Plusieurs
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princes et républiques, ont dressé desjardins médecinaux, avec grandes des-pences , pour mettre en évidence , à l’u-tilité commune , des profitables remèdes.A Florence , Pize , Padoue , Gennes ,et en autres divers endroits de l’Italie ,
et ailleurs , se voyent des beaux jardinsmédecinaux dressés avec beaucoup defrais , au contentement de tous ceux quiles voyent : et encores plus, de ceux quiopportunément ont esté secourus desprofitables remèdes qu’ils produisent.Desquelles choses , estant incité nostrepère-de-famille, se dressera un jardinmédecinal, afin que sa maison ne soitdespourveue d’aucune commodité, re-couvrable en sa terre et en son aer.
La matière de ce jardin-ci est tantriche, qu’il est impossible de la repré-senter entièrement, à cause de l’infiniequantité de semences, racines, herbes ,arbustes, dont il est composé: n’estantmesme entré en la cognoissance de l’hom-me , tout ce qui le peut rendre recom-mendable 5 parce que de jour à autre,paroissent des nouvelles plantes estran gères , voire des domestiques (incogneuespar nous le temps passé ) , pour y estrelogées. De tous lesquels utiles ornemens,nostre père-de-famille ne se peinera d’a-geancer son jardin médecinal, jmis queles plus doctes et curieux personnagesn’ont pénétré au fond de cest abysme,estans continuellement en telle perqui-sition. Ains se contentera de dresser unjardin , oi'l soyent eslevées les plantesmédecinales , qu’avec modérés soins etdespences , il pourra recouvrer et entre-tenir : à ce qu’au besoin , il les treuveassemblées , comme dans un magazin ,et qu’à l’occurence des maladies, de luiet des siens, la mère-de-famille les em-ployé , en attendant plus de secours dudocte médecin en la nécessité : àl’exemplede plusieurs dames et damoiselles , quiavec beaucoup de louange , ont la co-gnoissauce des vertus des herbes et sim-