DU THEATRE D’ AGRICULTURE.
pies , dont elles secourent opportuné-ment leurs familles et les pauvres. Ettelle provision, sera treuvée à propos parle médecin, quand arrivé à la maison deschamps, son apoticaire n’aura la peined’aller loin , cerclier les simples par lacampagne, ains ne fera que les cueillirau jardin , pour ses remèdes.
Et à ce que nostre jardin médecinalsoit disposé comme il appartient, pourrecevoir et nourrir le grand nombre deplantes requis à sa fourniture , de tantde sortes, diverses en qualités et natu-rels, est nécessaire d’en préparer le fonds,par tel ordre, que toutes s’y maintien-nent sans contrainte. Cela dépend desfacultés du ciel et de la terre, lesquellesapropriées au naturel des plantes, toutesensemble s’y reprendront et accroistronttrès-bien , avec contentement : voire etesbahissement, pour l’assemblage de tantde plantes vivans ensemble , comme enunion, bien-que de divei’s et extravagansnaturels. Mais d’autant qu’au rencontredu lieu dont est question, gist la diffi-culté ( très-rarement s’en treuvant aucundu tout ainsi qualifié), est de besoin, telle préparer et dresser par artifice , sup-pléant au défaut de la situation. Chosefaisable , avec moyens dignes de telle en-treprinse. Le lieu du tout plat, tel quecommunément est le jardinage, non plusle pendant, ne peuvent satisfaire à cedessein : parce que n’estant leur situationque d’une seule sorte, plate ou pendante,ne peuvent recevoir convenablement,plantes, que d’un seul naturel , au lieude plusieurs, dont nous avons besoin.Lesquelles plantes, estans de divers etdifférens naturels, comme a esté dict,pour elles nous dresserons un parterre de
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divers et différens aspects ; et le compo-serons aussi de matière tant diverse, quechacune plante y treuvera sa particulièreassiete : à ce qu’ayans le ciel et la terrefavorables, toutes s’y puissent commo-dément loger et nourrir.
Or pour dresser tel jardin ainsi qu’ilappartient, afin de le rendre capable derecevoir et nourrir toutes sortes de plantesmédecinales, domestiques et es trangères ;et qu’à telles commodités , soyent ad-joustés les beaux pourmenoirs, il est né-cessaire d’y faire grande despence, la-quelle les seuls princes et grands seigneursentreprendront ; non nostre père-de-fa-mille, qui se dressera un petit jardin mé-decinal : duquel il prendra ici le modelle,rapportant la chose du petit au grand,et racourcissant le dessein selon la capa-cité de son lieu, et la despence qu’il yvoudra employer. Le service que je doisaux grands, me faict un peu sortir horsdes limites de mon intention, qui n’estque mesnage , pour représenter quelpourra estre le jardin médecinal, dontj’entends parler. L’artifice en sera unemontaignete relevée de terre portée , la-quelle composée d’argille et de sablon,engraissée par fumiers , sera apropriéeaux plantes qu’on y voudra loger, cha-cune selon son particulier naturel : demesme touchant le solage , puis cpie lerelèvement de la montaignete fournit lesquatre aspects du ciel, desquels aurés àchoisir. Ainsi en la montaignete se treu-vera tout ce qu’on désire en cest endroit,assavoir, fonds du tout propre pour cha-cune plante , à ce expressément et sanssujection accommodé : et aer, chaud,froid, tempéré, selon les quatre partiesdu ciel, esquels la montaignete diverse-
Dispositiondu jardinmédecinal.
En montai -gne relevée.